09/12/2011

«Simplicité volontaire » ou “a-croissance” : stratégie et mode d’emploi de sortie de crise.


« Simplicité volontaire »  est avant tout une remise en question de notre société de consommation, sans hypothéquer nos acquis démocratiques, sociaux, sociétaux et culturels.
«Simplicité volontaire»  n’est pas la décroissance de tout pour tous, ni un retour en arrière vers un pseudo bonheur perdu, mais bien un virage, une bifurcation, que nous devons prendre afin de sortir de l’engrenage destructeur de la société de croissance.
A l’aide de ses meilleurs outils que sont le capitalisme, le libéralisme, l’ultra-libéralisme et autres néo… la société de croissance accumule dramatiquement les crises environnementales, sociales, économiques, financières, culturelles et politiques.
Devant ce constat, il est urgent de dire à tous les  citoyens et citoyennes qu’il ne s’agit pas de choisir entre «croissance et décroissance » mais bien entre une décroissance volontaire et une récession subie.
Les problèmes sociaux et environnementaux de notre système ne pourront être résolus ni en ajustant quelques paramètres, ni par les seules initiatives personnelles.
C’est pour tout cela qu’il est essentiel de proposer aux citoyens un projet politique capable de transformer ce modèle qui met en danger notre avenir.
« Vivre simplement »  désigne un mode de pensée, un projet de société et un mouvement politique.
Nous pensons que la société de Croissance est à l’origine de la crise multi-dimensionnelle “qui éprouve l’humanité” :
·         L’effondrement environnemental (menace de la biodiversité, gaspillage des ressources, altération des milieux).
·         La crise sociale (montée des inégalités, crise de la dette et du système financier).
·         La crise politique et démocratique (désaffection et dérive de la démocratie).
·         La crise de la personne humaine (perte de sens, délitement des liens sociaux).

La société de Croissance n’est ni soutenable ni souhaitable, il faut en sortir. C’est le sens de la « Vivre simplement » : réfléchir ensemble à de nouveaux projets de société soutenables et souhaitables.
« Simplicité volontaire »  n’a pas de lien avec des indices de quantification. Il serait tout autant absurde de construire une société autour d’une décroissance du PIB qu’il est absurde de l’avoir construite autour de la croissance de celui-ci. Il ne s’agit ni de faire croître, ni de faire décroître des indices économiques. C’est pourquoi on parle d’ “a-croissance”, il faut simplement sortir de la religion de la Croissance.
Depuis plusieurs années, les Objecteurs de Croissance sont attentifs à expliquer clairement ce qu’est la « Vivre simplement », et ce qu’elle n’est pas. Il nous semble relever de la mauvaise foi de continuer à attribuer à la « Vivre simplement »   des projets de « retour à la bougie », de décroissance de tout pour tous (notamment pour les pays du Sud de la planète), ainsi que la notion de quantification, le malthusianisme et toutes les autres caricatures que nous n’avons de cesse de démentir.
«Simplicité volontaire pour que d’autres puissent simplement vivre.»
Nous avançons surtout avec nos mots chantiers : la dotation inconditionnelle d’autonomie, le revenu maximum autorisé, la gratuité de l’usage et le renchérissement du mésusage, la relocalisation, le ralentissement, l’attention aux autres, l’autonomie, la solidarité, la sérénité, la convivialité et la joie de vivre.
Nos  « 8 chantiers du « Vivre simplement » 
1.    Valoriser l’expérimentation locale, associative et collective, encourager le bon usage. Faire évoluer le rapport à la propriété et au partage des richesses. Construire une politique de « ménagement du territoire » au service des individus.
2.    Inciter la population à privilégier les transports doux (vélo et marche à pied) ou collectifs en augmentant les dessertes des bus (dont scolaires) et en pratiquant une politique tarifaire attractive. Aménager les trottoirs et les rues pour les personnes handicapées. Créer des services de co-voiturage et de voitures partagées. Mais, surtout, amorcer une réflexion globale sur les transports.
3.    Développer une agriculture paysanne (biologique et de proximité) qui protège l’environnement et enrichit la vie rurale, en facilitant la mise à disposition de terres cultivables. Rechercher l’autonomie individuelle et locale par les jardins partagés.
4.    Mettre en œuvre des plans de réduction de la consommation d’énergie notamment dans les établissements scolaires, encourager la production locale d’énergie. Agir pour le recyclage et le tri à la source des déchets ménagers.
5.    Relancer la « production » de biens basés sur les échanges relationnels et conviviaux .
6.    Encourager une croissance de la richesse des rapports humains en soutenant la transmission des savoir-faire traditionnels locaux. Aider les pédagogies alternatives. Augmenter l’offre des enseignements artistiques. Soutenir les initiatives d’auto-construction dans le domaine de l’habitat.
7.    Réorienter la recherche et la formation vers la transition écologique et créer des filières dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, de l’habitat, des transports, de l’artisanat et du tourisme écologique.
8.    Permettre aux citoyens de s’impliquer réellement dans les instances de démocratie participative, organiser rencontres et débats. Œuvrer contre l’agression publicitaire et soutenir la mise en place de médias locaux indépendants.

Stratégie de masse critique 
Adopter une stratégie de masse critique suppose au préalable l’abandon d’une «segmentarisation» des pratiques politiques ; pas question de jouer les uns contre les autres; pas question de faire l’économie d’une quelconque parcelle d’engagement politique. La politique n’est pas plus l’affaire des « militants » traditionnels que celle des « vrais gens ». La stratégie de masse critique est une stratégie de convergence et de réseau dans laquelle tous les différences doivent être reconnues comme des apports. Laissons au capitalisme et au libre-échange la mauvaise foi de confondre « différence » et « concurrence ».
« La stratégie de masse critique, c’est un processus permanent et évolutif de transformation sociale. Son but ? La rupture avec le modèle dominant. Son chemin ? Conjuguer luttes sociales, contre-pouvoirs, alternatives concrètes et combats institutionnels. A la condition que ces combats divers s’appuient sur la cohérence d’un projet politique global de sortie du capitalisme et du productivisme. C’est de l’expérience et de l’analyse de ces alternatives que les contre-pouvoirs, issus des luttes de résistance, tirent les enseignements pour proposer des ruptures sociétales et institutionnelles : sans cesse et sans attendre. Ce qui entraîne à la fois des changements culturels (mise en cause de l’idéologie dominante) et des modifications législatives permettant des avancées sociales, traduisant de nouveaux rapports de force dans la société. Pour les Objecteurs de Croissance, la prise du pouvoir institutionnel n’est pas prédominante : le préalable, c’est la capacité des mouvements sociaux, à inventer, organiser, proposer l’organisation sociale à venir.
Concrètement, en attendant un « Manifeste pour une société du vivre simplement » qui s’adressera autant aux « gens » qu’aux « militants », la stratégie de la masse critique doit s’articuler autour d’un texte suffisamment court et explicite pour qu’il serve de signe de reconnaissance à tous ceux qui s’impliquent déjà dans la sphère la plus élargie possibles des « alternatives » : une plate-forme de convergence. Elle existe déjà; comme processus en vie, elle peut et doit être reprise, retravaillée, reformulée, en particulier la troisième partie sur les « chantiers » de la décroissance. A condition de ne pas en faire un mésusage – signe de ralliement – mais un bon usage – signe de reconnaissance.

La désobéissance civile : outil de «viVre simplement» et un enjeu de citoyenneté

Face aux atteintes portées à la démocratie par une oligarchie toujours plus agressive,
Face aux remises en cause du pacte social et notamment des services publics,
Face à la nécessité de renforcer le répertoire d’action des citoyens, des salariés, des chômeurs, des consommateurs, de tous les sans (logement, travail, dignité,  etc.),
La question de la désobéissance est posée par des acteurs sociaux les plus divers et toujours plus nombreux. Ces actes de désobéissance ne sont en rien un retour au vieil illégalisme.  Ils en appellent à la désobéissance au nom d’une conception plus haute du droit. La désobéissance se pratique individuellement ou collectivement :
·         Désobéissance individuelle pour échapper à l’idéologie du système et à ses engrenages,
·         Désobéissance professionnelle pour échapper à la casse des services publics, aux logiques de privatisation du vivant, avec les enseignants désobéisseurs, les médecins solidaires,  les électriciens qui rétablissent le courant,   le refus du travail dominical et des nocturnes commerciaux, etc,
·         Désobéissance institutionnelle avec des collectivités qui revendiquent leur autonomie et les moyens pour faire respecter les lois de l’urbanisme et de préservation du domaine public, par exemple.