13/04/2012

Le nouveau Parti Républicain : une équation gagnante


Le paysage politique tunisien vient de s’enrichir grâce à la naissance d’un nouveau parti, formé principalement par  la fusion du Parti Démocrate Progressiste (PDP), Afek Tounes, le Parti Républicain, Al-Irada, Al-Karama, le mouvement Biledi et le Parti pour la Justice Social-Démocrate.  S'est jointe à ce nouveau parti une brochette de personnalités indépendantes.
C’est lors d’une assemblée unificatrice tenue à Sousse le 9 avril 2012 que les  partis centre-gauche se sont prononcés sur la création d’une nouvelle formation unitaire.
Nous félicitons les dirigeants des anciens partis et du nouveau parti pour leur courage et leur patriotisme.
Cette initiative de fusion des forces progressistes républicaines fera date dans l’histoire politique tunisienne. Ce parti doit poursuivre la marche pour le rassemblement de toutes les forces progressistes afin de former un front républicain puissant capable de faire face aux forces obscurantistes cherchant à balayer nos acquis républicains. Ce parti  doit participer légitimement à stabiliser et réguler  le système démocratique. Il  doit contribuer à structurer l’opinion publique. Il a la charge de présenter un projet politique, un projet de société pour préserver et renforcer les institutions, la démocratie et la justice sociale.
Pour générer une dynamique de proposition, ce parti doit se prononcer, selon nous, sur des questions-clés à même de construire et structurer le présent et le futur de notre pays, à savoir :
  • Compte tenu du bilan décevant de la transition issue des élections du 23 octobre, caractérisée par un immobilisme pouvant remettre en cause les acquis de la Révolution, ce parti doit proposer une feuille de route de sortie du guet-apens institutionnel et mettre le pays à l’abri de la gabegie, urgence dictée par le dérapage économique, sécuritaire et totalitaire du parti au pouvoir.
  •  Séparation du religieux et du politique : concept républicain fondamental mettant le pays à l’abri de l’obscurantisme et du pouvoir d’un régime théocratique. Le Parti républicain doit se prononcer nettement  sur cette question et ne pas s’enliser dans un jeu de brouillage hypocrite, hypothéquant l’avenir de la Tunisie et faisant table-rase  de nos acquis sociétaux.
  • Peine de mort : le droit international encourage les États à l’abolir. La justice internationale y a renoncé, même pour les crimes les plus graves : crimes contre l’humanité ou génocides. La carte de son abolition épouse celle de la démocratie; à l’inverse, le maintien de la peine de mort caractérise les Etats répressifs pour liquider leurs opposants. La peine de mort n’a aucun effet dissuasif sur le comportement individuel, elle n’est que vengeance mise en scène par la société et crime ajouté au crime précédent. Le parti républicain s’alignera-t-il  ou non sur la justice internationale pour supprimer ce châtiment indigne d’un pays en phase de construction démocratique ? Cette prise de position s’inscrirait dans l’Histoire progressiste de la Tunisie (suppression de l’esclavage, Constitution, droit de vote aux femmes, CSP etc.).
  •  Décentralisation et autonomie locale : la Constitution ‘promise’ devra accorder aux collectivités locales une autonomie se traduisant par un transfert de compétences de l’Etat et de fonds vers la collectivité considérée. Les compétences des collectivités devront englober, outre les charges de gestion courante de la ville, des responsabilités dans le domaine de l’enseignement de base, la santé, l’urbanisme, l’aménagement du territoire, l’animation économique, culturelle et sportive. Les citoyens, grâce à la démocratie directe, prendront une part active dans les affaires de la commune par le biais de ‘votations locales’. Le parti républicain s’engage-t-il à défendre l’inscription du principe de l’autonomie locale dans la future Constitution ?
  • Services Publics : l’inscription du droit au service public garanti  à tous les citoyens et citoyennes selon les principes d’égalité et de solidarité concrétise les valeurs républicaines. Ces services publics se déclinent comme suit : éducation de base et supérieure gratuite et centrée sur la réflexion, la créativité et l’innovation, formation professionnelle et qualifiante, emploi, système de santé de qualité, sécurité sociale y compris la dépendance et le handicap, accès à l’eau, à l’énergie et aux transports publics fiables. Le parti  républicain va-il imposer ce socle minimal  de services publics en les inscrivant dans la Constitution ?Le Parti républicain doit être à l’avant-garde des fondamentaux de la République : unité nationale, CSP, dignité humaine, en particulier l’abolition de la peine de mort, égalité intégrale homme-femme, droit au travail, suppression des inégalités sociales, libertés  individuelles et collectives, indépendance de la justice, séparation du politique du religieux, démocratie directe, citoyenne et participative, primauté du service public, non ingérence dans les affaires des pays amis.
Même s’il est évident que la Tunisie doit rester ancrée à la Méditerranée, le parti Républicain devrait asseoir  une politique étrangère dynamique soutenant les initiatives de coopération Sud-Sud dans une perspective alter mondialiste. L’Afrique subsaharienne et l’Amérique Latine sont objectivement nos alliés, à nous de tisser des liens plus serrés et plus productifs dans l’intérêt mutuel des peuples concernés.
Notre soutien sera indéfectible si le Parti Républicain milite et agit pour concrétiser ces fondamentaux.
Vive la République !
Mustapha STAMBOULI, républicain, bourguibiste.