23/05/2012

Feu rouge : S&Poor’s sanctionne la Troïka !

Depuis plusieurs mois les experts tunisiens et étrangers s’attendaient à une réaction violente de la part des agences de notation en raison des performances catastrophiques de l’économie tunisienne. Il est notoirement connu que le gouvernement de la Troïka s’est montré incapable de diriger le pays et surtout son économie. La Banque Centrale de Tunisie a fait son devoir et a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme sur la gravité de la situation financière.
Le gouvernement a fait la sourde oreille et a persisté dans son entêtement en présentant une loi de finances irrecevable et hors sujet. La nouvelle de la dégradation de la dette tunisienne est tombée ce jour comme un coup de tonnerre. En effet   Standard and Poor's relègue la Tunisie à la note BB dans la catégorie spéculative. Notre pays n’est plus mathématiquement en mesure  d’honorer ses engagements en matière de dettes extérieures.
Il est à rappeler que la note BB se situe dans la catégorie "spéculative". Elle signifie un taux d'intérêt très élevé (comme celui de la Grèce ou l’Espagne). La Tunisie aura beaucoup de mal à boucler une émission obligataire, un casse tête, même avec des taux d'intérêts élevés de 7-8 %. La note BB est la dernière note avant la faillite !

Les facteurs ayant poussé S&P à procéder à la dégradation de la Tunisie sont multiples : (1) l’effondrement des  réserves en devises qui ont baissé de 3 milliards DT, passant de 13 au début 2011, à 10 milliards ou l’équivalent de seulement 100 jours d’importation, (2)  la capacité de la Tunisie à rembourser sa dette extérieure a baissé de  plus de 40 % en un an et demi. Les réserves qui couvraient 55 % de la dette extérieure à fin 2010, ne couvrent plus actuellement que 35% de cette dette étrangère, (3) la dette extérieure  ne cesse d’augmenter passant de 23,6 milliards DT à fin 2010 à 25,4 milliards DT à fin 2011. Une augmentation de 1,8 milliards DT en une seule année, (4) un déficit courant de 7,5 à 8 %, (5) déficit officielle budgétaire de 6,8 % du PIB en 2012.  Ce déficit pourrait atteindre 8-10% compte tenu des mauvaises performances économiques du pays.

Cette dégradation unique dans l’histoire de la Tunisie met le pays à deux doigts de la faillite et de l’implosion sociale. Compte tenu des conséquences graves qui découleront de cette relégation, nous appelons avec force à une refonte rapide et objective de la feuille de route pour la Tunisie pour mieux encadrer le présent et le futur afin d’éviter la mise sous-tutelle à la  grecque. Cette feuille de route se décline, selon nous, sur six axes :
o  retrait de la confiance accordée au gouvernement Jbali vu son incapacité à gérer correctement le pays.
o  promulgation par un acte solennel de la Constituante du texte original de la Constitution de 1959 comme Constitution de la République tunisienne avec application immédiate de ses dispositions et transformation de l’ANC en Parlement.
o  mise en place d’un exécutif intérimaire en remplacement de l’exécutif provisoire qui a échoué dans sa mission. Le Parlement aura la tâche d’identifier et de désigner à l’unanimité une personnalité ayant les qualités intrinsèques d’un homme ou d’une femme d’Etat de consensus, intransigeant (e) en ce qui concerne l’unité nationale et les valeurs de la République pour être accepté (e) et pourquoi pas soutenu (e) par tous les tunisiens et tunisiennes sans distinction d’origine sociale ou territoriale. Cette personnalité  devra exposer au peuple la situation complexe et critique du pays. Elle fera passer l’intérêt supérieur de l’Etat avant le sien. Cette personnalité assurerait les charges de Président de la République en application des dispositions de la Constitution adoptée par la Constituante.
o  le Chef de l’Etat intérimaire formera immédiatement son gouvernement composé d’un effectif très réduit (une vingtaine de portefeuilles au maximum) formé par des patriotes / technocrates  capables d’impulser l’action gouvernementale et de ramener l’adhésion et la confiance des citoyens/citoyennes et des opérateurs et chefs d’entreprises tunisiens et étrangers.
o  la "stabilisation" de la Tunisie confèrerait  davantage d’autorité à l’institution militaire qui a prouvé son républicanisme afin de préserver le pays de tout désordre mettant fin à l’insécurité menaçant tous les citoyens et citoyennes  et les étrangers présents sur notre territoire national.
o procéder immédiatement à la préparation des prochaines élections présidentielles, parlementaires et municipales. La mise en place d’une administration électorale dotée de moyens humains et financiers constituerait un premier pas de bonne foi vers la normalisation de la vie démocratique du pays. Un comité d’experts indépendants, à désigner, devra établir un nouveau code électoral réellement juste et transparent tenant compte des conditions politiques objectives du pays afin d’éviter le ratage des élections du 23 octobre dernier.

Sans la mise en œuvre rapide de cette feuille de route, la Tunisie  risque d’entrer dans une phase ouvrant la voie à la guerre civile ou à une aventure incontrôlable et néfaste pour tous les tunisiens et tunisiennes.
Mustapha STAMBOULI