11/08/2012

Nidaa tounès fait-il fausse route ?


La stratégie timide et hésitante adoptée par l’instance provisoire de Nidaa Tounès est une mauvaise option pouvant aboutir in fine à la démobilisation des sympathisants et le départ des militants convaincus. Les hésitations multiples et décisions inappropriées constatées soit dans la mise en place des structures provisoires locales et régionales soit au niveau du positionnement du mouvement  par rapport aux évènements du soulèvement du triangle de la contestation (Sfax-Sidi Bouzid-Kasserine) laissent les observateurs perplexes et inquiets sur l’avenir du mouvement. BCE est-il pour quelque chose dans cet état d’incertitude ? Pourquoi le directoire hésite-t-il à clarifier d’une manière définitive sa stratégie à court terme ? Nidaa Tounès cherche-t-il un arrangement avec la Troïka en lieu et place de l’affrontement ? Les doutes, les questions, les non-dits  se télescopent dans nos têtes sans rien sortir de cohérent !

Le pays, en état de soulèvement, exige la présence au sein du directoire des cadres compétents et chevronnés capables de prendre des décisions et de mener des actions exigées par la situation explosive dans le pays.
Le provisoire qui dure est une démarche opportuniste et dangereuse risque de pousser les militants à la dissidence, chose non souhaitable, car l’éparpillement avantage nos ennemis politiques et fait perdurer l’instabilité du pays. La Tunisie vit des moments difficiles et une situation exceptionnelle exigeant la présence aux commandes des hommes et des femmes exceptionnelles, ce qui n’est pas malheureusement le cas pour notre mouvement.

Le parti souffre terriblement d’un manque flagrant d’hommes d’appareil pour mener les opérations de structuration et de mise en place des entités territoriales et de direction. La désignation d’un homme charismatique et respecté ayant une expérience confirmée dans le management au poste de directeur du Mouvement est une exigence du moment. Cet homme ne devrait pas avoir des prétentions pour occuper des postes de responsabilités, une fois Nidaa Tounès au pouvoir.

Nidaa Tounès doit affiner sa stratégie de communication et mettre en place une cellule-veille pour réagir d’une manière continue, claire, nette et sans ambigüité sur les évènements. La période à venir est très difficile, nécessite des compétences confirmées en la matière! BCE ne peut pas être au même temps au four et au moulin !

Nous avons appelé, à plusieurs reprises et depuis le jour d’obtention du visa du parti, à la mise en place d’un panel de militants pour concevoir un règlement intérieur du mouvement afin clarifier les options fondamentales du parti sur le plan organisationnel et de structuration. Sans ce document précieux, c’est la navigation à vue qui peut entraîner forcément des conséquences catastrophiques et imprévisibles. La règle du jeu doit être connue de tous, au même moment et en toute transparence sinon c’est la triche, comportement condamnable !
Comment Nidaa Tounès se prépare-t-il pour l’échéance du 23 octobre prochain ? Il doit avoir des positions claires pour préparer ses militants et sympathisants à ce rendez-vous historique. Ne pas gérer convenablement ce moment précis, c’est autoriser l’installation d’une nouvelle dictature théocratique, cette fois-ci, qui ne cherche que la destruction de la République, vendre au capital golfique tous les fleurons de notre économie et nos entreprises publiques, anéantir ses acquis sociétaux et surtout amputer les droits des femmes.

Nidaa Tounès est tenu d’avoir une stratégie coordonnée avec nos partenaires républicains et ceux de la gauche républicaine pour contrecarrer éventuellement un nouveau stratagème  du pouvoir provisoire.

Quelle que soit l’agenda convenu, une nouvelle transition devra se mettre en place à partir du 24 octobre prochain. Notre Mouvement doit avoir des propositions concrètes et pratiques pour éviter un vide constitutionnel, porte ouverte à la «somalisation» du pays.

Nidaa Tounès doit entamer une campagne pour identifier des compétences capables de donner du plus au mouvement. C’est un cabinet de chasseur de têtes, en quelque sorte, qui doit se mettre en place rapidement pour dénicher les militants intellectuels utiles pour la réflexion et en phase avec les fondamentaux du mouvement. Un parti ne se construit pas uniquement sur le quantitatif, l’expertise ne doit pas être oubliée dans cette mobilisation.

Nidaa Tounès, évènement majeur dans la vie politique tunisienne, mérite une vision claire, une structuration optimale, une stratégie intelligente pour redresser le pays sur tous les plans. Pour cela, nous invitons le directoire provisoire à mettre en place une structure de réflexion sous forme d’un Centre d’Études, d’analyse et de prospective afin d’apporter de la réflexion et des solutions pour les problèmes cruciaux de la Tunisie.
Il est temps de corriger la trajectoire pour ne pas faire fausse route, nuisible pour le mouvement mais surtout pour la Tunisie. Pour que l’Appel de Tunisie soit entendu, la structure dirigeante provisoire doit écouter sa base !

BCE a réussi, sans conteste, à mobiliser la masse, les votants et les votantes. Il n’est pas exclu que Nidaa Tounès puisse mobiliser 2 à 3 millions de tunisiens et tunisiennes en sa faveur ! Par ailleurs, BCE est-il capable de capter les intellectuels, les hommes d’affaires honnêtes et les grandes personnalités indépendantes ? Rien n’est garanti pour le moment car ces catégories socioéconomiques exigent de la clarté dans le discours et le pragmatisme dans l’action. Ceux-là précisément qui ont dit non à Ennahdha à quelques exceptions près. Sans cette élite, Nidaa Tounès échouera au même titre qu’Ennahdha !

En définitive, Nidaa tounès a besoin urgemment de : (1) directeur de parti, joker pour bien coordonner les actions du mouvement, (2) un règlement intérieur, petite constituante, pour gérer dans la transparence les structures, (3) rassembler toutes les compétences («think tank»), (4) une stratégie alternative pour gérer le pays.

Mustapha STAMBOULI