01/09/2012

Besbès chez Express FM : une petite interview aux conséquences gravissimes !


L’interview accordée le 31 Août par Slim Besbès, ministre des finances par intérim, à FM Espress livre une foule d’informations et laisse un champ énorme à l’interprétation :
(1)    Normalement un ministre intérimaire n’est pas habilité pour annoncer une série d’informations importantes au média sachant que la situation est critique et les circonstances sont très délicates. S’il le fait consciemment, cela s’interprète par l’affectation dans le fait de ce département à l’intérimaire. Manière de tester l’opinion publique et surtout les hommes d’affaires et les institutions influentes sur l’économie du pays. La presse spécialisée ne manquera pas de commenter cet évènement et ce mode de nomination !
(2)    D’après Besbès, la Tunisie fera appel, en 2013, au  marché financier international privé pour lever un montant variant entre 1700 et 1800 MDT. Pourquoi ce gouvernement dont la mission s’achève de facto le 23 octobre cherche–t-il à lever sur le marché international un milliard de dollars US avec des conditions usurières eu égard aux notes catastrophiques des agences de notation sans mentionner l’emploi de ces fonds. Seront-ils prévus pour indemniser les anciens prisonniers du régime ZABA ? Dorénavant ce ministre devra être plus explicite et plus convaincant s’il cherche à être confirmé dans les fonctions de Ministre des Finances car d’autres font acte de candidature pour ce poste ! Pourquoi cette hésitation sur le montant 1700 ou 1800 MD ? Les spécialistes interprèteraient cette hésitation par une dévaluation possible du dinar de l’ordre de 10% d’ici la fin de l’année. La fonction du ministre exige de la fermeté dans les propos pour ne pas donner des signaux en filigrane aux investisseurs hésitants et opportunistes. Une dévaluation de 10% en perspective pousserait les hommes d’affaires étrangers à retarder  leurs investissements de 6 à 9 mois !
(3)    Il annonce un déficit budgétaire pour 2012 de 6,6% et que ce gap budgétaire est appelé à augmenter si le prix du carburant n’est pas réajusté pour résorber les 800 millions provenant de la hausse du cours de pétrole. Donc, le chiffre probable du déficit est de l’ordre de 10 % et non 6,6 %. Dans ce cas, je comprends son annonce du trend baissier du déficit pour 2013 mais pas le pourcentage avancé de 5,5 % !
(4)    Le Ministre intérimaire s’est déclaré satisfait des recettes fiscales et surtout de l’apport dû à l’amnistie fiscale qui a rapporté jusque là aux caisses de l’Etat 75 MDT sur un total prévu de 250 MDT. Curieux d’entendre un ministre des finances qui se déclare satisfait d’atteindre 30 % des objectifs fixés. Cela nous autorise à comprendre que l’Etat entrevoit une politique fiscale très clémente à partir de 2013 pour encourager les entreprises à payer sans hésiter. Ceci nous confirme une information relayée par la FMI concernant le nouveau code fiscal qui est train de se préparer en cachette au cabinet du Ministre.
(5)    Le ministre annonce la vente d’une partie importante pour ne pas dire de la majorité des entreprises confisquées dans un laps de temps aussi court qui  correspond à une période  caractérisée par un flou constitutionnel et l’absence de liquidité chez les investisseurs tunisiens. Dans ces conditions, les  repreneurs de ces sociétés ne peuvent être qu’étrangers ou d'anciens propriétaires sous d’autres appellations, donc des IDE non exportateurs, manière d’aggraver la balance des paiements pour les années à venir.
(6)    Il s’est déclaré déçu de la contribution facultative des citoyens au Trésor dans le cadre de la solidarité nationale, car elle serait insignifiante ! Si on comprend bien, il voulait qu’elle soit significative et obligatoire  !!

Ces déclarations sont graves  et leurs implications vont créer un climat de tension entre le gouvernement et les centrales syndicales. Ces dernières accepteront-elles la cession de 140 entreprises tunisiennes à des étrangers ou similaires ? 

Certainement pas, l’UGTT comme d’ailleurs UTICA ne seront pas favorables à ce mode de passation à la hussarde des fleurons économiques du pays. Ben Ali et sa mafia avaient confisqué les meilleures entreprises et les plus rentables.

Nous espérons que ce ministre intérimaire reprendra l’exercice une fois confirmé en apportant une information complète, claire et transparente.

Mustapha STAMBOULI