21 septembre 2012

L’horaire continu maintenant : est-ce la bonne décision ?


L'instauration de l'horaire continu implique des préalables, notamment en ce qui concerne la logistique, la restauration des fonctionnaires et l'adaptation du temps administratif au temps scolaire. Avons-nous pris toutes les  précautions pour réussir cette réforme capitale ?


Le régime de la semaine des cinq jours avec deux jours de repos (samedi et dimanche) a été retenu officiellement. Son application a commencé à partir de ce  lundi 17 septembre.  La décision instituant ce changement précise que le fonctionnaire est redevable de 2000 heures de travail par an. En plus du régime de 5 jours de travail, les autorités ont décidé d’instaurer l’horaire continu de 8h30 à 17h00 avec une petite interruption entre 12h45 et 14h00. Des aménagements spécifiques au niveau des horaires de travail ont été prévus pour la journée du vendredi, l’Eté et le mois de Ramadhan.

Une consultation en ligne sur l'horaire administratif  avait été réalisée en début d’année à partir d'un sondage effectué auprès des fonctionnaires. Elle a montré que la majorité des fonctionnaires était prête à appliquer l'horaire continu !
Le projet d’application de l’horaire continu dans les administrations et les entreprises publiques survivra-t-il longtemps ?  Avons-nous préparé les conditions objectives pour la pérennisation de ce système ? Pourquoi ce gouvernement se presse-il à mettre la semaine de 5 jours et l’horaire continu sans prévoir les mesures d’accompagnement ?

L’instauration de ces innovations dans les administrations publiques constitue une action importante dans la réforme de la fonction publique et s’inscrit dans le cadre des chantiers de modernisation des établissements publics, en vue de répondre aux mutations sur le plan économique, social et urbain. Cette reforme importante et courageuse doit faire l’objet d’un débat national et d’un suivi continu des impacts de ce changement radical sur la vie personnelle et professionnelle. Il  suscite déjà de nombreuses polémiques chez les fonctionnaires et les citoyens. La mise en place d’un observatoire de l’horaire continu est une obligation pour permettre aux décideurs d’avoir un tableau de bord pertinent afin de renseigner le pouvoir public sur les impacts de ces nouveaux horaires sur (i) l’évolution de l’efficacité de l’Administration et les entreprises publiques, (ii) l’impact sur la création d’emploi dans le secteur tertiaire, (iii) impact sur les dépenses courantes des administrations et la consommation d’énergie, (iv) impact sur la qualité de vie des fonctionnaires et tant d’autres éléments pertinents.

Cette reforme est-elle acceptée par les fonctionnaires et les usagers des Administrations ? Ce changement d’horaire va-t-il permettre une amélioration de l’efficacité et de la qualité de service ?

Cette reforme n’est pas seulement un changement technique des horaires de travail mais une approche visant à transformer notre modèle de consommation et nos habitudes. Est-ce le moment pour introduire une telle réforme ? Nos sociétés de transport sont-elles équipées en matériel roulant pour résorber deux grosses pointes dans la journée ? Les infrastructures de restauration en ville sont-elles suffisantes pour permettre à chacun de manger une collation saine et rapidement ?
Il est admis qu’un employeur, en l’occurrence l’Administration, peut aménager l’horaire de travail de ses salariés, à condition toutefois que la durée du travail ne s’en trouve ni diminuée, ni allongée. Ceci étant, l’autorité publique ayant décidé de telles mesures est-elle consciente des difficultés qui vont surgir de ce mode d’organisation ? Tout n’est pas encore tout à fait au point, il s’agit maintenant d’observer et rectifier le tir au fur et à mesure pour éviter le blocage et le rejet de ce système d’horaire.

L’observatoire doit être mise en place rapidement pour qu’elle fournisse dans une année une première évaluation de cette reforme et fournir des informations pertinentes sur : (i) l’état des lieux de cette réforme un an après l’instauration de l’horaire continu, (ii) ressortir les avantages induits par l’instauration de l’horaire continu, (iii) identifier les difficultés qui entravent un fonctionnement normal et optimal de ce nouveau système horaire et proposer des mesures de corrections.
Un échec de l’expérience classera définitivement ce dossier. Aucun autre gouvernement n’osera l’ouvrir une prochaine fois !
Mustapha STAMBOULI