26/04/2013

Minusma : Mission pour stabiliser le désordre ?


Le Conseil de sécurité a adopté  à l’unanimité la résolution 2100  sous le chapitre 7 pour la création d’une d'une force de maintien de la paix de 12.600 Casques bleus chargés de stabiliser le Mali au lieu et place des forces françaises et de la force panafricaine Misma. Cette Mission des Nations unies de stabilisation au Mali (Minusma) sera déployée effectivement à partir 1er juillet prochain, si les conditions de sécurité le permettent, et «pour une période initiale de 12 mois».


Cette initiative étonnante, hâtive et incompréhensible alourdira les finances des Nations Unies et exposera les unités de cette mission à tous les dangers et les risques y compris celui des enlèvements. Les jihadistes sont toujours actifs sur terrain, menacent la sécurité des civils et l’unité nationale malienne.
Comment peut-on  installer une mission de ce genre alors que la paix n’est pas à l’ordre du jour. Cherche-t-on à créer le fait accompli et créer de facto un territoire hors contrôle de l’autorité centrale de Bamako ? Jamais dans l’histoire des Nations Unies, une telle initiative n’a été prise avec cette célérité et avec tels risques.

Il y a des non dits dans cette résolution qui méritent d'être soulignés. (i) Pourquoi le conseil de sécurité a-t-il oblitéré la MISMA au lieu de la renforcer ? (ii) La crise malienne n’est pas un conflit interne. C’est une agression de l’internationale jihadiste contre un Etat souverain avec l’appui des Etats wahhabites. (iii) La forme de l’intervention onusienne dans ce conflit n’est nullement appropriée à moins qu’elle prépare une intervention plus musclée par l’intermédiaire de l’OTAN.

Les maigres performances des missions des Nations au Congo (Monuc) et en Haïti (Minusta)  devraient inciter le Conseil de sécurité à revoir sa stratégie de pacification du Mali avant d’envisager sa stabilisation. Le Mali a besoin de moyens colossaux pour reconstruire son armée nationale afin de maitriser ses frontières et un plan Marshall pour atténuer la pauvreté  et réduire substantiellement le chômage des jeunes.
La crise malienne est une conséquence directe de l’intervention absurde de l’OTAN en Libye. Les maliens ont été chassés de ce pays et sont retournés  en Mali pour renforcer massivement les islamistes d'obédience wahhabite.

La pacification et la stabilisation du Mali exige l'élimination des "terroristes" et la sécurisation de la zone Sahel-Sahara dans son ensemble.

Si le Conseil de sécurité cherche réellement à aider le Mali à retrouver sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, il doit revoir sa copie et poser la problématique de la sécurité de l’Afrique subsaharienne du Mali au Somalie. Le Conseil de Sécurité est invité à se préoccuper de l’aide matérielle et logistique  en provenance des pays golfiques aux islamistes-jihadistes. Sans cette assistance massive, ces derniers finiront par baisser  les bras.

L’approche de l’éradication du jihadisme international doit être systémique et dynamique. Le Ministre de la défense malien n’a-t-il pas déclaré « il faut “éradiquer” ou encore, “éliminer”, les groupes islamistes présents au Mali. “Nous sommes engagés dans une guerre contre ces groupes qui sont extérieurs à la population malienne.» 

Le président Nigérien est très conscient du danger de  cette mafia jihadiste sur la zone soudano sahélienne  « Maintenez la pression, redoublez de vigilance et continuez à traquer ces terroristes et ces trafiquants de tous genre pour démontrer définitivement que la terreur ne peut pas avoir droit de cité dans notre sous-région », a-t-il lancé  au cours d’une  brève visite à Gao, ville constamment menacée par ces Jihadistes narco-trafiquants.

Pour terminer, je dirai ce que j’ai déjà dit Laurent Fabius, MAE Français : « la responsabilité de la France et de la communauté internationale  est triple : (i) réussir « proprement » la chasse des jihadistes sans provoquer des difficultés sécuritaires pour les voisins du Mali, (2) favoriser une intervention internationale massive pour renforcer l’Etat malien permettant à ce dernier de devenir apte à défendre son territoire de toute agression venant de l’extérieur, (3) entamer d’urgence une action contre les pays voyous ayant soutenu matériellement ces salafistes-jihadistes pour semer la terreur dans un pays paisible. Ces Etats identifiés doivent être sanctionnés sévèrement et surtout il faut les obliger à payer toutes les réparations morales et matérielles au Mali. Ces pays-voyous méritent d’être mis sous mandat onusien, le temps d’implanter des régimes démocratiques respectant la déclaration des droits de l’Homme et surtout le principe de non ingérence et la laïcité des Etats.

Espérant que la Minusma n’est pas un projet obscur pour rendre le Mali Minus ?!  Minusma ressemble étrangement à Minisco au Congo, une mission inefficace et incompréhensible. Son projet en apparence kantien risque de se transformer  en une réalité hobbienne. Joao Durbek, chercheur s’est posé, à juste titre, cette question  « L’ONU poursuit-elle son chemin allant de Kant à Hobbes ? Tout laisse croire que la stratégie du Conseil de sécurité a des visées à long terme au profit des grandes puissances comme la France et les Etats Unies afin de barrer la route à la Chine et aux pays wahhabites qataro-saoudiens.

Mustapha STAMBOULI