26/01/2014

La haute trahison a-t-elle lieu ?

La comédie de la discussion-approbation des articles de la Constitution promise est achevée avec son lot de contradictions et diversions.  C’est un véritable fourre-tout où on trouve la chose et son contraire. Cette Constitution si elle est approuvée  donnera du fil à retordre au tribunal constitutionnel. Il n’était pas difficile de faire approuver tous les articles en espace de deux semaine eu égard au mode d’approbation. Il suffisait d’avoir 50% des voix +1 voix pour qu’un article passe. Les islamistes à eux seuls peuvent adopter tout le contenu de la constitution sans avoir besoin d’un soutien extérieure. 

La défection de plusieurs députés du parti islamiste est une manœuvre politicienne pour faire croire que ce parti a fait des concessions au profit des laïcs  au détriment de son unité. Cette stratégie a donné ses fruits puisque l’opposition a joué le jeu et a adopté presque l’ensemble des articles.

Les islamistes sont certains que  l’opposition démocratique  dans son ensemble votera positivement sur le texte de la Constitution en première lecture alors que le parti au pouvoir et ses satellites comptent s’abstenir voire voter contre. Quelle idiotie de la part des nos représentants républicains à la Constituante ? Le gourou gagne doublement : une constitution signée par les trois présidents de la Troïka et une forte opposition à cette constitution  dans son propre camp. C’est une victoire éclatante sans conteste. Qui peut mieux faire ? Le gourou a bel et bien gagné sur toute la ligne.

L’opposition démocratique sortira-elle indemne de ce piège ? Il est certain que le peuple tunisien se rendra rapidement compte que l’opposition a trahi en votant en première lecture sur ce torchon alors qu’elle pouvait gagner beaucoup si elle était arrivée à faire passer le projet de la Constitution au référendum populaire.
Sur un autre plan,  MEJO  peine à constituer son équipe gouvernementale : tout prouve qu’il est incompétent et incapable de déchiffrer la problématique dramatique du pays. MEJO n’est qu’un junior qui cherche à jouer avec les grands sans avoir les attributs nécessaires : une maturité politique et un réseau d’hommes et de femmes compétents et patriotes. Tout laisse croire que MEJO n’est qu’un remplaçant de circonstance, le temps nécessaire pour les islamistes de reprendre l’initiative gouvernementale avec les succès incontestables sur les dossiers constitutionnels  et électoraux.

Pourquoi Ben Jeddou tient-il à son portefeuille de l’Intérieur alors qu’il il a échoué comme son prédécesseur ?  Il n’a rien fait pour mettre au clair les multiples assassinats politiques. Il est invité à partir de son propre gré pour préserver son futur politique. Chercher à s'imposer coûte que coûte plombera forcément la prochaine transition et échouera les éventuelles élections. Cette question de BJ a fragilisé énormément MEJO qui se trouve incapable de trancher. Alors peut-il gérer un gouvernement de crise s’il n’est pas capable de trancher ? C’est grave, pourtant, il n’est pas un gaucher !

Il n’est plus exclu maintenant que le premier ministre démissionnaire  retrouve son poste de Chef de gouvernement  car l’échec de MEJO est certain, même si « tartour » l’autorise à se présenter devant   la Constituante. Il est à craindre que cette dernière ne donne pas sa confiance au gouvernement MEJO, manière d’effacer tout le processus de himar watani et retrouver une légalité confortée par l’approbation de la Constitution et la formation de l’ISIE.  Les centrales syndicales peuvent toujours organiser à volonté des grèves générales …

Je crains que l’opposition tunisienne ait adopté la stratégie de Thomas Watson ancien PDG d’IBM : « Si vous voulez réussir, il vous faudra doubler votre pourcentage d’échec. ».

Personnellement, ayant perdu tout espoir dans la classe politique tunisienne,  je ne peux que proposer au peuple tunisien cette citation d'Alain, philosophe français :  " résistance et obéissance, voila les deux vertus du citoyen : par l'obéissance il assure l'ordre ; par la résistance il assure la liberté ".

Mustapha STAMBOULI