04/02/2014

Pourquoi S’Habou ignore–t-il le poids de l’étranger sur la décision tunisienne ?

Le journal numérique Leaders a publié ce jour une lettre ouverte d’Amor S’habou adressée au duo Jomaa- Ben Jeddou. Pourquoi AS est-il sorti de son silence pour interpeller sans ménagement  le premier et son ministre de l’intérieur d’être à la solde des islamistes ? AS, homme bien informé des coulisses des ministères et des ambassades, cherche-t-il à imposer un débat sur l’indépendance du nouveau gouvernement ?


Dans cette lettre-analyse Amor S’Habou cherche à nous prouver que MEJO a été placé à la Kasbah par le dialogue national et que Ben Jeddou est maintenu à son poste de Ministre de l’Intérieur par les islamistes. J’émets des réserves et j’ajouterai des commentaires à cette lecture logique, documentée mais insuffisante à mon avis. Nous sommes persuadés que MEJO est le candidat de nos partenaires étrangers –Europe, EU, FMI... Son introduction au gouvernement islamiste bis est une stratégie bien ficelée pour permettre à JEMA de comprendre les rouages de l’Administration et les rapports de force à l’intérieur du pouvoir exécutif et faciliter par la suite son accession à la Kasbah. Pour Ben Jeddou, son ancrage territorial est à l’origine de son maintien à son poste de MI. Avec la désignation d’un ministre de la sécurité et un SE pour les affaires des collectivités locales, il ne reste à Ben Jeddou que les dossiers de la police judiciaire. Il faut que nous admettons que notre pays reste sous influence étrangère jusqu’à nouvel ordre. Toute analyse ne tenant pas compte de cette donnée est incomplète. 

Pourquoi AS esquive-t-il le rôle de l’étranger dans la gestion politico-sécuritaire et économique de notre pays ? Il se contente d’une simple allusion au télégramme de la CIA concernant l’assassinat de Brahimi. 

Or ce « scoop » nous prouve, s’il en était besoin, que la Tunisie est quadrillée par les services secrets étrangers, en particulier la CIA-MOSSAD. Comment explique-t-il que le PM et MI, sous influence islamiste, acceptent dans leur gouvernement des ministres parachutés et/ou proposés par les institutions internationales comme le FMI, la BM, la BAD, la GTZ, etc. ? Cette lettre-analyse s’arrête sur l’essentiel pourtant visible étant donnée l’afflux d’ONG étrangères sur notre sol et se transforme en panégyrique de BCE. A quelles fins ? Autre question : pourquoi AS entérine-t-il les élections de 2011 qui ont permis aux islamistes d’accéder au pouvoir et de s’y maintenir jusqu’à maintenant ? Or nul n’ignore toutes les irrégularités qui les ont entourées (code électoral, ISIE sur mesure, prêches dans les mosquées, argent golfique, etc..). Il faudrait repenser le système électoral pour qu’une situation-miroir ne se reproduise pas aux prochaines élections, à savoir : le parti le plus organisé et potentiellement le plus fort ramassera la mise. Rien n’indique que se sera Nidaa Tounès. Donc, le système politique sera de nouveau une impasse et la guerre civile annoncée par OS très probable. En effet, les perdants crieront au complot et exigeront un gouvernement « d’indépendants », en bref un Jomaa bis et encore les mêmes chevaux de Troie... 

Malgré nos divergences d’analyse, AS enrichit la réflexion au milieu d’un néant consternant. Nous souhaitons que cette lettre initie un courant de débat d’idées pour nous éviter les pièges et magouilles et faire avancer les libertés et la démocratie que tous les républicains appellent de leurs vœux.


Mustapha STAMBOULI