10/04/2014

Une crise économico-financière qui prend l'allure d’une diversion…

La situation économique et financière de notre pays est-elle  réellement dramatique ? Une cessation de paiement de l’Etat est-elle  à l’ordre du jour ? L’effondrement des caisses de pension est-il  probable ? La crise financière de la Tunisie serait-elle préfabriquée pour justifier la vente des "bijoux de famille" (steg, sonede, onas, cimenteries, cession d’une part importante du capital de Tunisie Télécom, concessions de téléphonie, banques, assurances, tourisme, Chemin de fer, etc..) et imposer au peuple tunisien une libéralisation de notre économie à la Baronne Thatcher…?

Deux analyses de la situation peuvent cohabiter  : 

Première lecture : situation critique nécessitant des décisions graves


Officiellement, l'Etat ne dispose plus de moyens financiers pour clôturer la gestion 2014. Le gap entre ressources et emplois budgétaires pour le seul mois d'avril 2014 est estimé à 1 milliard de dinars. Il  faudrait trouver 6  milliards de dinars pour combler le déficit  dans le budget en cours d’exécution. Le climat social est tendu et plusieurs régions vivent en état de rébellion. L’échec politique est total.


Jomaa doit s'adresser, sans délai,  à la Nation sans intermédiaire pour dire toute la vérité sur la situation réelle des finances publiques et de l'économie du pays et des options qu'il compte entreprendre dans l'immédiat. Son silence inquiète et laisse les spéculations prennent de l'ampleur pouvant provoquer une réelle banqueroute. Trop attendre peut nuire dangereusement à la stabilité et à la sécurité de notre pays.

La déconfiture généralisée née de l’échec de toutes les transitions exige de la classe politique une décision salutaire pour convoquer une Conférence Nationale, seule capable de remettre le pays sur le chemin de la construction et du progrès. Le peuple ne pardonnera jamais cette classe politique si elle échoue à réinstaller la sécurité, à préserver les acquis républicains et redémarrer l’appareil produtif et l’économie en général en vue de créer des emplois et réduire la pauvreté.

En attendant la mise en place du processus de conférence nationale souveraine, le gouvernement MEJO doit agir pour la réduction de 20% des dépenses de l’Etat et une augmentation des recettes fiscales d’au moins de 10% (un redressement fiscal systématique des professionnels indépendants sur la base de la fortune accumulée sur la période des dix dernières années).  Cette démarche facile à mettre en place pourrait éviter à la Tunisie d’emprunter ou de couper dans les postes d’investissements publics ou de compensation des produits de première nécessité. Ne pas oser procéder de la manière, c’est participer à la faillite de l’Etat et la somalisation de la Tunisie, ce qui constitue une haute trahison et un crime contre le peuple tunisien. Tous les députés/ministres et chef d’Etat seraient probablement appelés à répondre devant  une juridiction post faillite de l’Etat.

L’absence de courage politique et d’imagination vont  ruiner un demi-siècle de construction de l’Etat moderniste et réformateur. La Tunisie dispose d’une réserve de revenues fiscales de plus de 10 Milliards de dinars et une marge de compression des dépenses de l’Etat de 8 Milliards de dinars. 18 Milliards de dinars pourraient transformer la Tunisie de fond en comble. Il suffit d’oser tout en respectant les lois républicaines et de donner l’exemple pour arriver en peu de temps 2-3 ans à redresser les finances publiques. S'abstenir à reformer pour justifier la vente des entreprises publiques est une stratégie malsaine qui dénote du peu de patriotisme de ceux qui nous gouvernent. Le peuple n’a pas encore dit son dernier mot…

Nous sommes à la veille d’un changement d'objectif politique voire de classe politique. Les résultats des élections présidentielles de l’Algérie détermineront l’ampleur de l’envergure de cette mutation. Il n’est pas étonnant que les IDE soient en chute libre car la prochaine période sera celle de l’effort inclusif.

Toute la classe politique est responsable de la catastrophe annoncée. Les « techno-indépendants » sont incapables de trouver la sortie de secours. Alors, il faudra chercher un autre système de gouvernance pour stabiliser la Tunisie.


Deuxième lecture : la pseudo-crise faciliterait la mise en place une stratégie  ultralibérale ...

Tout laisse croire que l'occupant de la Kasbah utilise après son retour de Washington une stratégie de diversion dictée par la situation géostratégique. En effet, les annonces répétées du gouvernement et de la BCT sur la situation critique de la balance commerciale et des finances publiques ne sont en fait qu’un stratagème  pour occuper le peuple tunisien et ses élites et faire peur à la classe moyenne frileuse afin de mettre en place un PRS "plan de répression structurelle" très applaudi par la centrale des patrons, des institutions internationales et régionales et surtout du capital étranger qui attend le bon moment pour rafler les fleurons de notre économie.
Par ailleurs, il n’est pas exclu que cette manière de dramatiser pousse les tunisiens à oublier le complot annoncé contre l’Algérie voisine. Des informations inquiétantes portent à immaginer que les ennemis de la Nation arabe se préparent à lancer leur venin toxique sur l’Algérie. Nous dirons à tous que l’Algérie est immunisée contre le venin d’où il vient et gare à celui qui cherche à détruire l’unité algérienne et la stabilité de notre grand voisin.

MEJO, homme sans immagination et sans courage peut occuper sans difficulté Carthage puisque l'oncle SAM le souhaite.  Il doit laisser la place à Mustapha Kamel Nabli qui pourrait rapidement redresser les finances publiques et les balances extérieures. Non seulement cet homme est compétent, il s'est montré durant la première transition un fin connaisseur des outils de stabilisation de l'économie et des finances. Il a refusé de faire de la planche à billets, source d'inflation et surtout d'érosion de notre monnaie nationale, le dinar. Son départ était un raccourci pour la faillite du pays et l’implosion de l’économie nationale. Tartour doit endosser toute la responsabilité.

La seconde lecture s'impose et arrange pratiquement toute la classe politique à court terme.

Tout le monde est averti de la gravité de la situation ! L’existence de la République et du modèle sociétal moderniste tunisien sont menacés si on fait rien, car ne rien faire, c’est accepter l’installation d’une nouvelle dictature. Ne pas réagir aujourd’hui, c’est aussi forcer la main à l’institution militaire pour sauvegarder la République, acte salutaire mais fragilisant à terme cette glorieuse institution. Le devoir et notre amour à cette Nation tunisienne nous obligent, tous et toutes, d’agir dès maintenant et sans tarder pour retrouver notre chemin car l’égarement a trop duré ! Un consensus national devra se dégager de la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation pour retrouver la sérénité, le progrès et la paix.

Mustapha STAMBOULI