15/10/2015

Nidaa Tounès dans l’œil de cyclone, peut-il éviter la «balkanisation» ?

Pourquoi Nidaa Tounès se trouve-t-il dans une situation profondément délicate voire catastrophique ? Ce mouvement survivra-t-il à son congrès de tous les dangers ? L’affrontement entre personnes à Nidaa Tounès cache-t-il un conflit régional entre le Nord d’une part, le Centre et le Sud de l’autre ? L’implosion de Nidaa Tounès est-elle programmée par les « Amis de la Tunisie » ? Qui seront les bénéficiaires du chaos Nidaaiste ?  La banqueroute inévitable de l’économie tunisienne provoquera-elle une reconfiguration du système politique tunisien ? En choisissant une alliance avec les islamistes, BCE a-t-il cherché à créer les conditions objectives de  l’éclatement de Nidaa Tounès ?   La crise libyenne a-t-elle imposé l’alliance contre-nature entre les deux Vieux ? Le projet de loi sur a «réconciliation» économique et financière  prouve-t-il que Nidaa Tounès est devenu l’otage des lobbies affairistes ? L’ancien Maître de Nidaa Tounès est-il encore capable de maitriser la boite de pandore qu’il vient d’ouvrir ? Le « silencieux» Taieb Baccouche, a-t-il encore un mot à dire dans la métamorphose de Nidaa Tounès ? Les militants de base  de ce mouvement sont-ils encore en mesure de sauver le parti et contrer le complot ? Ou optent-ils pour créer un nouveau mouvement carrément bourguibien en laissant tomber les extrêmes insolubles ?

Le Mouvement Nidaa Tounès s’est imposé sur la scène politique comme étant un parti de masse pouvant rivaliser avec celui des islamistes. Ce parti  a permis de repousser - provisoirement-  le projet rétrograde des islamistes qui cherchent à remettre en cause les avancées sociétales et l’indépendance de notre pays.

Nul ne conteste que Nidaa Tounès ait sauvé le pays d’une « dictature islamiste démocratique».  Malheureusement, ce mouvement n’est plus en mesure  d’assurer sa mission de régulateur politique et ceci pour des raisons multiples (hésitation agaçante  sur la vision et sur les réformes à proposer au peuple,  alliance incompréhensible  avec son principal adversaire, le  départ de BCE à Carthage ayant compliqué l’équation à l’intérieur du parti, absence de dirigeants charismatiques capables de réhabiliter le parti …) .

Pourquoi se préoccuper de  l’état de santé de Nidaa Tounès ? Parce que, pour le dire simplement, la viabilité/pérennité de ce  mouvement n’est plus garantie à court et moyen termes, d’où le risque de domination sans partage des islamistes de l’espace politique dans un proche avenir.

N’oublions pas que Nidaa Tounès a été construit dans l’urgence pour faire face à l’hégémonie des mouvements peu républicains qui cherchaient à remettre en cause les acquis sociétaux engagés depuis l’indépendance de notre pays et l’autonomie de la décision tunisienne.

Notre enthousiasme a aidé à mettre en place, en un temps record, ce mouvement républicain. L’establishment de Nidaa Tounès n’avait pas jugé utile de créer un parti selon les règles de l’art. Tout observateur indépendant ne peut que relever la frilosité/incompétence et surtout l’égoïsme des dirigeants de ce mouvement qui ont toujours cherché, par tous les moyens, à mettre la main sur toutes les structures du parti au point qu’on se croirait chez le RCD défunt où tout est décidé par le chef et la nomenclature du parti. Pourtant, même, le RCD avait laissé une marge aux structures locales et régionales pour élire démocratiquement leurs représentants. Rien de cela à Nidaa Tounès … Il n'agit que par des parachutages et une improvisation sans équivalent

Par ailleurs,  Nidaa Tounès a trahi, lors des élections législatives,  ses partenaires politiques qui avaient pris des engagements avec leurs bases dans le sens d’une union stratégique avec Nidaa Tounès (électorale,  vision, projet sociétale, programmes …).

Le départ de BCE à Carthage et le «parachutage» de la nouvelle direction du parti ont crée le chaos à l’intérieur du mouvement. Le congrès du parti programmé pour 2016 ne pourrait, s’il a lieu, qu’enregistrer la mort clinique de ce dernier, car personne n’a légitimité ou charisme pour réussir ce congrès de tous les dangers.

L’alliance des islamistes  avec Nidaa Tounès imposée par  les «Amis de la Tunisie» pour gérer le pays n’aide pas les «Nidaaistes» pour établir une plateforme unitaire et une stratégie de pouvoir. L’action bégayante de l’exécutif est une illustration du non-sens de cette stratégie d’alliance. La situation économico-sociale est alarmante.  En effet, la récession aidant, l’Etat n’a plus les  moyens financiers pour clôturer la gestion 2015 ; il faudrait trouver plus de 7 Milliards   de dinars pour combler un gap  budgétaire. Par ailleurs, le climat social est tendu au point qu’on croirait  revivre la crise de l’UGTT-Gouvernement Nouira en 1978. L’absence d’actes forts pour réformer l’Etat tunisien et surtout son économie ne peut que précipiter la banqueroute.

La Tunisie va mal et les perspectives se rétrécissent voire s’éclipsent au profit de l’anarchie et de la dictature. La Tunisie a besoin d’une vision et d’une révision totale des choix socio-économiques hérités de la mafia Ben Ali. Elle doit revenir aux fondamentaux bourguibiens privilégiant les services publics et une réelle distribution des richesses pour plus de justice sociale et d’efficacité économique et repenser la vente de nos fleurons industriels et économiques cédés au capital étranger et/ou à des sociétés-écrans. Comment comprendre et accepter qu’aucune des lois votées sous Ben Ali par un Parlement acquis n’ait été remise en cause, surtout celles octroyant des avantages illimités à la «cour» et aux courtisans ? 

Nidaa Tounès se trouve devant une impasse infranchissable (action gouvernementale décevante, gabegie  à l’intérieur du parti …). Devant cette situation chaotique, selon nous, deux alternatives s’offrent aux militants de Nidaa Tounès afin de sauver le mouvement de la dérive  :
  • Compte tenu de la présence à l’intérieur du parti d’une mosaïque politique non soluble, il serait opportun de scinder à l’amiable le mouvement Nidaa Tounès en deux partis : un parti libéralo-centriste proche des partis conservateurs et un mouvement  progressiste bourguibien, proche des partis de gauche et de la société civile progressiste. Ces deux « formations-amies » peuvent partager une plateforme consensuelle  républicaine pouvant les aider à réaliser des ententes électorales et pourquoi pas une gestion commune du pays. Cette réorganisation éviterait l’éparpillement des militants-sympathisants et  de l’électorat du parti vers d’autres formations politiques inefficaces. Rien n’empêcherait une fusion à moyen terme si les conditions objectives se réunissaient. Cette configuration pourrait écarter l’aile syndicale du parti à moins que Taieb Baccouche ait une solution miracle pour sauver l‘unité du parti et demeurer,  lui et ses camarades syndicalistes minoritaires, dans cette famille progressiste ? Rien n’indique que cet homme ait les moyens pour contrer la "fatalité", car ses fonctions actuelles de Ministre des Affaires Etrangères le privent de l’action militante et du travail de terrain. BCE a-t-il piégé Taieb Baccouche en lui « imposant »  le portefeuille des affaires étrangères ? Tout laisse à croire … Cet ancien syndicaliste suivra-t-il les pas de son collègue Lazhar AKRIMI et quittera-t-il  le navire qui coule pour s’occuper du parti et préparer le congrès décisif du mouvement. Les chances de récupérer le terrain perdu restent minimes.  Toutefois, rien n’est impossible,  si cet homme silencieux se métamorphose en bourguibien  de raison …
  • Reporter le congrès du parti pour plus tard -après les élections municiplaes-, le temps nécessaire pour organiser et installer les structures locales et régionales selon des procédures forcément démocratiques. Cette option pourrait permettre au mouvement de découvrir d’autres  compétences et des militants pouvant aider le parti à résoudre sa quadrature du cercle. Si le blocage persiste, rien n’empêche que les congressistes désignés démocratiquement optent pour la mise en place de la première alternative.

Chercher à passer outre à la volonté des militants/sympathisants de Nidaa Tounès provoquerait forcément  la faillite et l’implosion du mouvement et nous ramènerait à la case départ  post 14 janvier 2011 avec la suprématie des partis "peu" républicains.

Notre silence pourrait être interprété comme une acceptation de fait par les comploteurs qui cherchent à anéantir le mouvement Nidaa Tounès. Ce complot ne vise pas seulement Nidaa Tounès mais la Tunisie toute entière.

Eclipser Nidaa Tounès de la scène politique, même pour une courte période, équivaut à : (i) une installation d’un Etat « SAMSAR » pour vendre le pays à l’étranger. Déjà un « pays-ami » cherche à mettre la main sur notre territoire à travers l’énergie renouvelable- solaire en particulier, (ii) une Organisation militaire ayant somalisé plus d’un pays arabe se dépense  pour obtenir des privilèges militaires sur le Sud du pays pour servir à de futures agressions contre des pays frères ou amis, (iii) des mafieux  «d’Outre-Méditerranée » ont pris la décision de tout racheter en Tunisie (chaines hôtelières, industries, exploitations agricoles,  exploitations minières, etc.). L’Etat « SAMSAR» ferait tout pour faciliter l’OPA sur notre pays en mettant en place un code d’investissement favorable à la mafia internationale, un code de travail revisité empêchant toute action syndicale et surtout un fort glissement du dinar par rapport aux principales devises. 

Nidaa Tounès est à la croisée des chemins. Il doit trouver sa propre voie et repousser toutes les tentatives  pouvant le vider de ses ancrages bourguibiens. Il doit être à la hauteur de sa mission réformatrice. Les dirigeants comme les militants doivent admettre que les intérêts du  parti doivent passer avant le pouvoir et les avantages en nature. Faire l’inverse, c’est perdre le parti et le pouvoir. La démission de Lazhar AKRIMI, ministre sans portefeuille dans le gouvernement ESSID pourrait ouvrir la voie à d’autres démissions traduisant une prise de conscience du danger qui guette Nidaa Tounès.

Nidaa Tounès,  un concept valide et un projet sociétal avant-gardiste, ne mourra jamais,  même si la version actuelle de ce mouvement pourrait connaitre des difficultés, car le paysage politique tunisien a besoin d’un mouvement épousant le projet national réformateur bourguibien actualisé.

Bourguibistes,  indignez-vous, soulevez-vous contre le complot qui se tisse pour détruire Nidaa Tounès afin de faciliter la mainmise totale d'un courant politique conservateur sur la Tunisie et  faciliter  par la suite une agression-somalisation contre notre voisin de l’Ouest.

Je termine mon propos par un proverbe africain : « Le chien a beau avoir quatre pattes, il ne peut emprunter deux chemins à la fois ». La nomenklatura de Nidaa Tounès  et BCE doivent méditer cette sagesse.

Monastir, le 15 Octobre 2015


 Mustapha STAMBOULI, militant républicain. 
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