05/11/2015

LAZARD GATE : faute grave et une victoire pour la société civile !

Le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération Internationale, Yassine Brahim, malgré ses démentis multiples, a eu recours à la banque française « Lazard » pour l’élaboration du plan quinquennal de développement 2016-2020.

Yassine Brahim a-t-il sous-estimé la vigilance de la société civile ?

Lazard gate renferme deux volets :

(i)  une transgression des règles de la transparence,et un non respect des procédures de passation des marchés publics. L’accord de principe du Chef de gouvernement accordé au ministre YB ne suffit pas pour engager les prestations d’assistance technique de la banque d’affaires LAZARD. Seules les commissions compétentes peuvent délivrer une non-objection et un visa d’engagement


(ii) Certaines outputs de la convention conclu avec la banque d’affaires, en particulier la conception et le choix des actions à programmer au prochain plan de développement ne devraient pas figurer dans la convention. Comment peut-on demander à un organisme étranger peu familiarisé avec nos conditions économiques, sociales et environnementales serait-il en mesure de nous délivrer un produit satisfaisant ? YB doit savoir que notre pays dispose d'une expertise confirmée (bureaux d’études, consultants indépendants, experts internationaux …) capable d’assister l’Administration dans l’identification et l’évaluation de projets « bancables ».

Par ailleurs, le schéma directeur national d’aménagement du territoire (SNAT), les schémas des grandes agglomérations, les schémas des zones sensibles et toutes les réflexions thématiques élaborés par la Direction générale d’aménagement du territoire renferment toute la matière pour garantir une programmation optimale de projets dans le cadre des plans de développement.

Pourquoi le ministre de l’Equipement n’a pas été associé dans l’identification de l’organisme appelé à assister le ministère de développement et de la Coopération internationale ?
YB doit reconnaitre qu’il a mal agit dans ce dossier sensible. Cette personne n’est pas mûre pour occuper un département si important comme le ministère de développement et de la coopération internationale.

Le plan de développement 2016-2020 est-il anachronique … ?

L’endettement de l’Etat a atteint des proportions insupportables (plus 55% du PIB) et le déficit budgétaire (plus 8%) n’autorisent plus le recours à l’étranger pour financer des projets, pas forcément urgents. Alors, ne serait-il pas plus intelligent de faire appel à la participation du secteur privé tunisien, aux banques tunisiennes et à l’épargne nationale pour réaliser le strict minimum nécessaire pour compléter nos infrastructures de base à l'instar de l'aménagement des routes, ouvrages, d’art, pistes rurales hôpitaux, écoles, centres culturels, reboisement et la réhabilitation de nos aéroports et ports, etc…

Pourquoi avons-nous besoin de l’étranger pour financer ou réaliser ces types de projets ?
Par ailleurs, il faudra qu’on remette en cause les cartes scolaires, universitaires et sanitaires afin d’optimiser l’intervention de l’Etat.

L’établissement du prochain plan de développement n’est nullement une urgence car la stabilisation politique et sécuritaire n’est pas au rendez-vous. Il nous faudra 5 à 10 ans pour atteindre cet objectif.
Alors, commençons par l'établissement d'un un plan d’actions urgentes évidentes et arrêtons les projets inutiles comme les échangeurs du Grand Tunis qui compliquent la circulation au lieu de la faciliter. Basta avec l’improvisation absurde…

LAZARD GATE : encore une victoire pour la société civile

La société civile et les personnalités publiques ont gagné une bataille symbolique mais importante pour l’avenir de la Tunisie. Le désaveu du Chef de gouvernement à son ministre du développement et de la coopération internationale constitue un avertissement en bonne et due forme à tous les ministres et hauts cadres des entreprises publiques qui cherchent à céder leurs prérogatives aux sociétés étrangères.

Toute infiltration extérieure à travers des modes multiples (expertises, financements, conseils, etc.) mettra en cause l'objectivité et l'impartialité de nos institutions. Qui mieux que des nationaux sont à même d'identifier, d'analyser, d'évaluer et de répondre à nos besoins en matière d'aménagement du territoire national.

Sous prétexte d'aider la Tunisie, certaines institutions  «étrangères  tentent de s'ingérer,  par le biais de financements liés dans les choix fondamentaux de la planification territoriale du pays. Soyons vigilants, si nous voulons préserver notre souveraineté.

Ce qui précède n'implique aucun repli, bien au contraire. La Tunisie, ayant acquis et cumulé une expérience inégalée parmi les pays émergents dans le domaine de la planification territoriale grâce à ses prestigieux bureaux d'études, à ses experts et consultants indépendants, souhaite avoir des rapports de partenariat avec les pays du Nord. De plus, la Tunisie pourrait servir de relais et d'articulation pour une coopération triangulaire Nord-Sud-Sud afin d'appuyer et aider nos frères arabes et africains dans l'élaboration de leurs documents de planification.


Mustapha STAMBOULI




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