23/02/2012

Y a-t-il un pilote qui se soucie de la Tunisie ?


Le conflit UGTT-pouvoir en place est en apparence d’ordre syndical et de revendications sociales. En réalité, il n’en est rien. Il est fondamentalement politique et même de positionnement stratégique.  L’UGTT sait pertinemment que le gouvernement Jebali a échoué et n’est  plus en mesure de poursuivre sa mission après  son échec de ramener des fonds et de l’investissement massif  golfiques, seuls moyens pour calmer des tunisiens totalement et affreusement désespérés.

L’UGTT est consciente que des négociations informelles sont en cours et qu’un déblocage serait en discussion entre la classe politique influente pour trouver une issue  consensuelle qui ne serait pas  interprétée comme humiliante pour Ennahdha.
L’UGTT cherche à influencer  par tous les moyens l’arrangement, le déblocage et surtout le futur  pouvoir exécutif. L’UGTT chercherait à placer dans le futur gouvernement des  technocrates sympathisants à la centrale syndicale pour régler tous les problèmes en instance et Dieu sait qu’ils sont très nombreux !
Les locataires de la Place Mohamed Ali ont utilisé l’artillerie lourde, grève de quatre jours des services municipaux, jamais tentée dans le passé, pour sonner le coup de grâce d'un gouvernement agonisant et  fatigué à ne rien faire.
Par ailleurs, l’UGTT n’a jamais admis son exclusion de la Constituante, lieux de toutes les décisions stratégiques pour le futur de la Tunisie. La centrale syndicale est-elle  en mesure maintenant après ce bras de fer avec le pouvoir  d’arrêter une feuille de route cohérente pour affronter des situations  délicates de l’économie et de la politique dans le pays ?
Le tunisien est en droit de se poser la question suivante : qui est en train de tirer les ficelles et d’agencer la « Maison Tunisie » ? Mieux encore, il peut se demander aussi s’il y a un pilote qui se soucie de la Tunisie ?
Le conflit opposant la prestigieuse centrale syndicale et le pouvoir exécutif n’est que la partie visible de l’Iceberg. La déstabilisation de notre pays rentre dans un cadre plus large et plus géopolitique celui du partage du monde et plus particulièrement de la région arabe et de l’Afrique noire. La Tunisie ne disposant pas des richesses gazières n’intéresse pas les futurs barons de ce monde. C’est plutôt une charge, surtout dans une période de crise  et de faillite des économies occidentales. La Tunisie est tombée dans un guet- apens dressé par nos ennemis avec notre connivence et notre inconscience. La feuille de route mise en place pour la transition est mauvaise et dangereuse pour notre sécurité et notre économie. Sommes-nous capables d’y échapper ?  Car cette situation de flou  et d’insécurité génère un état de décomposition pouvant transformer un état unifié en « poussière d’individus » : on assiste au délitement de la société ouvrant une voie royale aux courants séparatistes et jihadistes.
Bourguiba, peut-être, m’inspirerait pour développer une stratégie de sortie  de crise en six points, c’est l’objet de ma prochaine contribution que je j’intitulerai « Lettre ouverte aux partis politiques : sauvons ce qui reste de la République».
Mustapha STAMBOULI