05/04/2015

Non à une politique étrangère hypocrite et schizophrène …

Les derniers actes courageux de Taieb Baccouche, ministre des Affaires Etrangères, concernant (i) le rétablissement des relations diplomatiques avec la Syrie, pays qui subit depuis  quatre ans une agression sauvage et caractérisée par l’Etat sioniste et le monde occidental et (ii) la dénonciation de l’ingérence turque dans les affaires des pays arabes par un soutien massif en matière logistique et militaire des terroristes « jihadistes » ont mis à nu l’hypocrisie de notre diplomatie.

Pourquoi le président de la République  ose-t-il contredire publiquement son ministre des Affaires étrangères sur une chaine étrangère- la Jazeera occidentale- ?

L’intervention du président de la République est déplorable sur le fond et sur  la forme.

Sur le fond : BCE, lors de sa campagne électorale,  n’a-t-il pas martelé que l’un de ses premiers actes serait la reprise des relations avec la Syrie ?

A-t-il oublié ses promesses une fois installé au fauteuil de Bourguiba ?

Subit-il des chantages de la part de son partenaire islamiste ? Les américains ont-ils mis leur veto contre le rapprochement tuniso-syrien ? Les pays du golfe qui mènent une guerre barbare contre le Yémen menacent-ils  le régime tunisien d’un boycott financier ?

Peu importe les justificatifs que pourrait avoir BCE ... Le non rétablissement de nos relations avec la Syrie est une absurdité historique car nous avons besoin d’un rapprochement avec les autorités syriennes afin d’installer une collaboration rapprochée en matière sécuritaire et de lutte contre le terrorisme jihadiste. Nos concitoyens résidents dans ce pays frère ont besoin d’une représentation diplomatique et consulaire pour assurer un minimum de service administratif et de soutien humanitaire. Les syriens sont nombreux en Tunisie doivent aussi avoir  un soutien réciproque de la part des autorités syriennes.

BCE a-t-il perdu une occasion pour prouver au peuple tunisien que notre pays est réellement souverain et que notre diplomatie n’est pas sous influence occidentale ? En tout cas, BCE a perdu aux points la première manche face à TB.

Le peuple tunisien soutient unanimement la décision de Taieb Baccouche. TB, par son initiative de réactivation des relations diplomatiques avec la Syrie, n’a fait que réaliser une promesse électorale de Nidaa Tounès. TB pouvait-il prendre une telle décision sans en informer le Chef de gouvernement et le Président de la République ? Non, impossible, Taieb Baccouche, homme de grandes qualités morales et intellectuelles, est incapable de dépasser ses prérogatives. 

  Sur la forme : BCE n’aurait pas dû avoir recours à une chaine étrangère pour défausser les décisions de Taieb Baccouche. BCE a-t-il besoin de rappeler ses prérogatives en matière des Affaires Etrangères ? Nous déplorons le ton et le style péjoratif utilisé par BCE concernant cette affaire d’Etat.

En tout cas, Taieb Baccouche n’est pas seul. Nous le soutiendrons sans limite  quitte à provoquer une crise politique interne.

Pour terminer, pourquoi la diplomatie tunisienne "sebsienne" est-elle en décalage avec l’opinion publique ?


i- Cette dernière est plus que favorable au rétablissement des relations diplomatiques avec la Syrie alors que le président de la République refuse  de le faire. Attend-il le feu vert du Résident général ?

ii- Les tunisiens sont catégoriquement contre l’agression du Yémen par les pays du Golfe aidés par l’Etat sioniste alors que notre diplomatie ferme les yeux et opte pour une position ambigüe.

iii- Le monde entier reconnait le gouvernement libyen issu des élections alors que la Tunisie officielle préfère "jouer à l'autruche" en installant deux représentations consulaires : un chez les terroristes, l’autre dans la zone sous contrôle des autorités officielles.

La  diplomatie "sebsienne" fait fausse route en adoptant des positions anachroniques et contraire aux fondamentaux de la diplomatie bourguibienne. Bourguiba était toujours du côté des causes justes alors que maintenant, l’Etat tunisien ferme les yeux devant les agressions du Yémen, de la Syrie et de la Libye. Où va-t-on avec cette myopie ?

Mustapha STAMBOULI

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