16 octobre 2023

Tunisie : Stratégies de désendettement et de financement public, un équilibre s'impose !

 

La performance budgétaire du pays est également impressionnante, avec un excédent budgétaire de 58,8 millions de dinars à la fin du premier semestre 2023. Cela est d'autant plus remarquable compte tenu de l'augmentation des dépenses d'investissement, qui ont atteint 1 822,6 millions de dinars. Les dépenses de financement, quant à elles, sont conservées sous contrôle à hauteur de 2 401,3 millions de dinars.

Un élément important à noter est que, malgré ces réussites, les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour l'obtention d'un crédit de 1,9 milliard de dollars sont actuellement bloquées. Malgré ces obstacles, la Tunisie a réussi à rembourser environ 7 264 millions de dinars sur un total de 8 945 millions de dinars de ses dettes extérieures.

Cependant, il convient de rester vigilant face à cette situation. L'optimisme suscité par ces chiffres ne doit pas se traduire par un simple report de dépenses vers l'année 2024. Au contraire, il est essentiel que la Tunisie maintienne sa discipline budgétaire et poursuive les réformes économiques nécessaires pour garantir une gestion de la dette durable à long terme.

La Tunisie peut ainsi servir d'exemple inspirant pour d'autres nations, démontrant qu'avec une approche stratégique, une réduction de la dette publique est réalisable sans compromettre la stabilité économique et la prestation de services publics essentiels.

La décision de réduire la dette publique est une étape cruciale dans la gestion financière d'un État. Cependant, une approche stratégique s'impose pour garantir le financement continu des opérations gouvernementales et des investissements publics. Sans cette prudence, le risque de décroissance économique peut devenir une lourde charge pour la population. Pour concilier la réduction de la dette avec le maintien des services publics, plusieurs stratégies méritent d'être examinées en détail :

1. Augmentation des recettes publiques :

i- Réformer la fiscalité : L'augmentation des impôts est une option à considérer, mais elle doit être équilibrée pour éviter de peser excessivement sur les contribuables. Une réforme fiscale bien pensée peut générer des revenus suffisants tout en préservant l'équité fiscale.

 ii- Lutte contre l'évasion fiscale : En renforçant la lutte contre l'évasion fiscale, l'État peut récupérer des fonds précieux qui autrement s'échapperaient à ses coffres. Cela garantit des revenus stables pour financer les dépenses publiques.

2. Rationalisation des dépenses publiques :

Examen minutieux des dépenses : Une révision complète des dépenses publiques est nécessaire pour éliminer les gaspillages, optimiser l'efficacité des programmes gouvernementaux et concentrer les ressources sur les priorités nationales. Cette approche permet de préserver les services essentiels tout en précisant les coûts inutiles.

3. Promotion de l'investissement privé :

Créer un climat favorable aux affaires : Encourager l'investissement du secteur privé est essentiel pour stimuler la croissance économique. L'État peut créer un environnement propice aux affaires en particulier la bureaucratie, en améliorant la stabilité juridique et en offrant des incitations fiscales pour attirer les investisseurs.

4. Gestion prudente de la dette :

i- Choisir des emprunts à taux d'intérêt bas : Lorsque l'emprunt est inévitable, opter pour des taux d'intérêt bas permet de minimiser les charges financières à long terme.
ii- Investir dans des projets productifs : Les fonds empruntés doivent être investis dans des projets qui génèrent des rendements économiques. Cela contribue à la croissance et à la génération de revenus pour rembourser la dette.

5. Réformes structurelles :

Stimuler la croissance économique : Des réformes économiques et structurelles peuvent favoriser une croissance économique à long terme. Cela peut contribuer à augmenter les recettes fiscales et à réduire la dette à mesure que l'économie prospère.

En conclusion, la réduction de la dette publique est un objectif louable, mais elle ne doit pas se faire au détriment des services essentiels et de la stabilité économique. Une approche équilibrée, combinant l'augmentation des recettes, la rationalisation des dépenses, la promotion de l'investissement privé, une gestion prudente de la dette et des réformes structurelles, est essentielle pour garantir que l'État puisse répondre aux besoins de sa population, tout en assurant sa santé financière à long terme.

Mustapha STAMBOULI, Ing ENIT/EPFL

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