03/02/2012

Dette extérieure et balance des paiements : deux indicateurs à maitriser


 En 1987, la dette extérieure publique de la Tunisie s’élevait à 2.5 milliards d’euros, aujourd’hui, elle avoisine 15 milliards d’euros. Durant le règne de Ben Ali, la Tunisie a remboursé plus de 23 milliards d’euros. L’encours de la dette pour 2009 est négatif  – 235 millions d’Euros alors qu’il était  positif + 330 millions d’Euros en 1987. Le recours systématique et sans cesse croissant aux marchés financiers pour prélever des crédits à court terme provoque la dégradation des conditions d’endettement. La proportion de ces dettes est ainsi passée de l’insignifiant en 1987 à 22 % en 2009. En 20 ans l’endettement fut transformé en instrument d’appauvrissement du pays et non en facteur de développement et de création d’emplois. Comment le citoyen peut-il comprendre cette inversion de sens ?
Pourquoi la BCT  s’empresse–t-elle de rembourser dès cette année plus d'un milliard de $ au titre du service de la dette, sachant que le pays a renversé le régime ayant sollicité ces emprunts ? Ne faut-il pas vérifier au préalable l’exactitude des données sur cette question ? Ces crédits étaient-ils utilisés pour des projets de développement structurant au bénéfice des populations ou à d’autres fins ? (parc automobile présidentiel d’un luxe inouï, villas somptueuses, clinique privée au palais de Carthage, avions, bateaux présidentiels, parc zoo, etc.…). Eu égard aux pratiques malsaines de Ben Ali, la Tunisie doit suspendre le remboursement de la dette à titre préventif en attendant de procéder à un audit exhaustif des emprunts contractés faisant ressortir  la part de la dette odieuse, celle utilisée ou détournée à des fins personnelles par le dictateur.
La stratégie d’ouverture de l’économie tunisienne à l’investissement direct étranger (IDE), prônée et exécutée via la vente des "bijoux de famille" (cimenteries, cession d’une part importante du capital de Tunisie Télécom, concessions de téléphonie, banques, assurances, tourisme, etc..) essentiellement par Ben Ali sous pression des institutions internationales risque de poser de sérieux problèmes pour la balance des paiements de la Tunisie. Des études récentes se basant sur les statistiques de l’INS montrent que, pour la période comprise entre  2000 et 2008,  les dividendes exportés ont été multipliés par 3,47 alors que le PIB ne l’a été que par 1,85. Cette situation résulte d’une politique de liquidation de tous les projets rentables au profit de l’investissement direct étranger. Ces IDE non-exportateurs participent à l’endettement et creusent le déficit de la balance des paiements. Ces IDE fabriquent l’appauvrissement du pays. Est-ce un hasard ou une pratique mûrement réfléchie par Ben Ali et son clan ? Les tunisiens se demandent  si ces investisseurs étrangers sont des sociétés-écrans servant d’abri au clan mafieux. Un audit indépendant devra être mené au plus vite pour connaître la vérité sur  ces IDE. A son insu, le peuple tunisien serait en train de payer environ 2 Milliards de dollars par an en tant que bénéfices exportés des IDE au profit du clan Ben Ali et lui permettre un exil doré. L’Etat tunisien devrait s’atteler sérieusement à cette question des IDE, car sont en jeu sa crédibilité et l’intérêt national. La Tunisie est en droit de nationaliser les entreprises cédées d’une manière peu transparente aux investisseurs soi-disant étrangers.
Pour éviter la réédition des abus et délits précités, la Tunisie devra, à l’occasion de la rédaction de sa Constitution, établir un système coercitif sans faille. Elle devra aussi se protéger des vautours du système capitalistique en adoptant des dispositions fermes et simples dans la Constitution prévoyant : i-l’interdiction du déficit public, seul moyen pour nous éviter gaspillage et projets "bidons" et nous permettre d’avoir un meilleur recouvrement fiscal en criminalisant la fuite fiscale ii- l’obligation pour la Banque Centrale de garantir un solde positif, au pire nul, de l’encours de la balance des paiements, unique paravent de notre souveraineté et indépendance nationale. Ainsi, ces deux règles d’or, garde-fous constitutionnels, génèreront une nouvelle conception de développement économique et social fondée sur une juste redistribution des richesses du pays et l’épargne nationale afin de nous éloigner du cercle infernal de l’endettement, porte ouverte au néocolonialisme et à l’asservissement du peuple tunisien.
L’Europe et les institutions internationales devront présenter des excuses officielles au peuple tunisien pour leur connivence durant 23 ans avec le régime du dictateur inculte Ben Ali qui a pillé systématiquement le pays pour renflouer les caisses des banques occidentales. L’occident doit cesser de nous rebattre les oreilles avec la révolution du jasmin et sa glorification et du printemps arabe, il doit procéder d’urgence à la restitution des biens volés et placés par Ben Ali et son clan dans "les pays des droits de l’Homme."
Terminons avec cette vérité universelle : "Bien mal acquis ne profite jamais."