05/08/2012

Rapport du FMI sur la Tunisie : évaluation mitigée et prudente !



Le  Conseil d’Administration (CA) du Fonds Monétaire International (FMI) vient de publier son rapport sur l’économie tunisienne après examen du rapport préparé par la mission de ce Fonds.
Les informations contenues dans cet article proviennent essentiellement de la note d'information au public (NIP) publiée par le Conseil d’Administration. Le FMI,  lors de réunion du 25 juillet 2012 a clôturé les consultations de 2012 avec la Tunisie. Les  constats majeurs du rapport sont les suivants :
(1)  le chômage a fortement augmenté pour atteindre 19 % en 2011, le chômage des jeunes se situant à 42 %.
(2)  la position extérieure de la Tunisie s’est affaiblie : le déficit du compte courant se creusant nettement, à 7,3 % du PIB en 2011, et les réserves officielles en devises diminuant, de 9,5 milliards de dollars EU fin 2010 à 7,5 milliards de dollars EU à fin 2011.
(3)  après une décélération à 3,5 % en 2011, l’inflation a augmenté pour atteindre 5,7 % en avril 2012 (en glissement annuel).
(4)  les risques à court terme sont élevés et plutôt orientés négativement, dont une récession plus grave que prévu en Europe qui pèserait lourdement sur les exportations, une augmentation des tensions sociales dans le pays qui découragent les investissements domestiques et étrangers, des contraintes de capacités et des retards dans les financements qui risqueraient de freiner la relance budgétaire envisagée pour soutenir la croissance.
(5)  le potentiel de croissance économique de la Tunisie à moyen terme reste favorable, mais pour libérer ce potentiel, il est nécessaire d’adopter un programme de réformes structurelles pour promouvoir les investissements privés.


Par ailleurs, l’essentiel de l’évaluation par le Conseil d’Administration se résume comme suit :

(1) la nécessité de jeter les bases de la transformation de l'économie et de la promotion d'une croissance plus solide et plus solidaire. Compte tenu des risques auxquels se heurte la reprise économique à cause de l’instabilité de la situation économique et de la faiblesse de l'environnement mondial, les administrateurs estiment qu'il convient d'appuyer l'activité économique, tout en sauvegardant la stabilité macroéconomique.
(2)  le rééquilibrage des finances publiques devrait reprendre à moyen terme afin de préserver la viabilité du budget et de la dette et mettent en exergue la nécessité d'un plan clair de rééquilibrage.  les administrateurs se déclarent favorables aux réformes fiscales prévues en vue de renforcer les recettes et de rendre le système fiscal plus équitable et favorable à la croissance. Ils insistent aussi sur la nécessité de maîtriser les dépenses publiques à moyen terme, notamment la masse salariale, et de réformer le système de subventions et des pensions.
(3)  le FMI est  favorable au resserrement de la politique monétaire pour contenir l'inflation et se félicitent que la banque centrale soit prête à relever le taux directeur si les pressions inflationnistes subsistent. Les administrateurs soulignent l'importance du renforcement du cadre institutionnel pour la politique monétaire, de même que de la coordination des politiques monétaire et de change.
(4)  une souplesse accrue du taux de change pourrait contribuer à préserver les réserves de change. IlsLes administrateurs soulignent la nécessité d'assurer l'indépendance de la banque centrale dans la conduite des politiques monétaire et de change, de même que pour la supervision bancaire.
(5)  le FMI encourage les autorités à remédier aux vulnérabilités du secteur bancaire identifiées dans l’ESSF. Les administrateurs  rappellent qu'il est nécessaire de s'attaquer aux questions des prêts non productifs et de la recapitalisation bancaire, et d'améliorer la gouvernance des banques publiques. Ils rappellent aussi l'importance d'aligner la supervision bancaire sur les normes internationales. Les administrateurs encouragent la banque centrale à élaborer une stratégie de sortie pour retirer progressivement son important soutien à la liquidité des banques, tout en continuant à satisfaire leurs besoins de liquidités.
(6)  le FMI considère que des réformes structurelles exhaustives sont requises pour réorienter l'économie tunisienne et exploiter son potentiel pour réaliser une croissance plus élevée et plus inclusive. Eu égard à la nécessité de réduire le chômage, la réforme du marché du travail et du système d'éducation sera cruciale. Il sera aussi important d'améliorer le climat des affaires et la gouvernance pour accroître les investissements dans le secteur privé. Le développement des secteurs à haute valeur ajoutée contribuera à absorber la main-d’œuvre qualifiée. Les administrateurs mettent en exergue la nécessité de hiérarchiser les réformes, tout en améliorant la capacité de mise en œuvre.
Le rapport du FMI est très prudent voire complaisant , appelle les autorités pour mettre en place  un programme de réformes structurelles (PRS équivalent du PAS des années 80). Le FMI envisage tous les scénarios pour l’économie tunisienne compte de l’environnement interne et externe : (1) les tensions politiques et  sociales risquent de dégrader les grands équilibres macro-économiques et financieres, (2) la situation économique dégradée en Europe influencera négativement  l’exportation tunisienne vers cette zone, d’où la dégradation de la  balance  commerciale et aggravation de la balance des paiements, (3) seule lueur d’espoir pourrait venir de la Libye si ce pays se stabilise politiquement et économiquement. Le CA du FMI insiste sur la nécessité de l’indépendance de la BCT et propose plus de transparence en matière de politique monétaire et de change. Il exige un assainissement du système bancaire plombé par les dettes douteuses et l’optimisation de l’intervention l’administration. Le système de pension a été pointé par le FMI car sa situation est critique, elle nécessite une intervention rapide afin d’améliorer le rendement de ce système. L’intervention de la caisse générale de compensation doit être revue afin de mieux cibler les vrais bénéficiaires, les plus nécessiteux et soulager le budget de l'Etat.
Toutes ces reformes exigent un pouvoir politique stable et une entente entre les centrales syndicales, l’Administration et le patronat. Ce qui n’est pas le cas, du moins, pour le moment.
Mustapha STAMBOULI