Introduction
Le Soudan traverse une crise
humanitaire et géopolitique sans précédent, qui touche l’ensemble de la
société. Les violences intercommunautaires, l’effondrement des infrastructures
publiques essentielles et la famine ont plongé le pays dans une situation d’urgence.
Parallèlement, l’ingérence étrangère, notamment l’exploitation des ressources
naturelles, exacerbe encore la situation. Face à ce tableau complexe, une
initiative régionale portée par des États africains arabophones, en particulier
la Tunisie et l’Algérie, pourrait constituer un levier de stabilité. Cet
article propose d’explorer les mécanismes qui pourraient permettre à ces pays
de jouer un rôle central dans la médiation, la coordination économique et
l’assistance humanitaire, tout en respectant la souveraineté du Soudan.
Genèse et dynamiques du conflit
Le Soudan, riche en ressources
naturelles et en diversité culturelle, connaît depuis des décennies une
instabilité due à des causes profondes : des inégalités sociales et
économiques, des conflits ethniques récurrents et des affrontements entre
autorités centrales et régions périphériques. Depuis l’indépendance du pays en
1956, ces tensions ont alimenté plusieurs guerres civiles, laissant derrière
elles des traumatismes et une rupture des institutions publiques essentielles.
La crise actuelle a débuté avec des luttes internes pour le pouvoir et l’accès
aux ressources, un phénomène exacerbé par l’effondrement de l’État et l'absence
de politiques publiques cohérentes.
Le rôle de l’ingérence
internationale
Les puissances internationales,
notamment les pays occidentaux et certaines puissances régionales comme
l’Égypte et l’Éthiopie, ont souvent agi dans l’intérêt de leurs propres
stratégies géopolitiques. Ces interventions ont souvent manqué de cohérence, alternant
entre soutien aux régimes en place et pression pour un changement politique.
Par ailleurs, les groupes armés, soutenus par des acteurs extérieurs, ont
exacerbé les violences et le déplacement de populations. Cette ingérence
externe complique non seulement les efforts de médiation, mais aussi l’accès
humanitaire, car l’aide se retrouve souvent détournée ou utilisée comme levier
de pression politique.
Dans ce contexte, l’implication
d’États africains arabophones, neutres et proches culturellement et
géographiquement, peut jouer un rôle décisif. Leurs relations bilatérales avec
le Soudan et leur absence d’intérêts géopolitiques conflictuels en font des
médiateurs naturels dans le processus de paix.
Le rôle des initiatives africaines
arabophones : Tunisie et Algérie
Pourquoi la Tunisie et l’Algérie ?
La Tunisie et l’Algérie, bien
qu’ayant des histoires politiques distinctes, partagent une vision commune pour
la stabilité régionale et un engagement actif pour la préservation des acquis
démocratiques et de la souveraineté nationale. Ces deux pays ont une expérience
en matière de réconciliation nationale, la Tunisie ayant montré son modèle avec
le dialogue national de 2013, et l’Algérie ayant une longue histoire de gestion
de conflits internes (comme la guerre civile des années 1990). Leur crédibilité
auprès des différentes parties prenantes au Soudan, y compris les groupes
rebelles et le gouvernement, leur permettrait de jouer un rôle de modérateur
privilégié.
Cadre d’action proposé
- Médiation régionale : Il est essentiel d’établir un mécanisme
de dialogue inclusif où les autorités soudanaises légitimes, les
représentants des communautés locales et les organisations civiles
pourront se retrouver. Le soutien d’un cadre régional neutre est crucial
pour que cette médiation soit perçue comme crédible par tous les acteurs.
- Corridors humanitaires et sécurité des
populations : La
coordination des routes d’acheminement de l’aide, garantissant l’accès aux
zones isolées et aux camps de déplacés, est fondamentale. Ces corridors
devraient être supervisés par des forces de sécurité impartiales, pour
assurer la protection des civils et l’intégrité de l’aide humanitaire.
- Coopération économique et gestion des
ressources :
L’exploitation des ressources naturelles du Soudan, qu’il s’agisse du
pétrole ou des ressources agricoles, doit être régulée. Il est nécessaire
de mettre en place des mécanismes transparents de gestion, pour éviter
l’extraction illégale et favoriser des projets de développement durable
qui bénéficient directement aux populations locales.
- Soutien technique et institutionnel : Les institutions soudanaises doivent
être renforcées dans leurs capacités à gérer les services publics. Cela
inclut des programmes d’appui aux secteurs de la santé, de l’éducation, de
la sécurité et du système judiciaire, ainsi qu’à la mise en place de
mécanismes de justice transitionnelle pour la réconciliation.
- Financement et reddition de comptes : Il est impératif que les fonds destinés
à l’aide humanitaire et à la reconstruction soient tracés et gérés de
manière transparente. Des mécanismes de reddition de comptes devront être
mis en place pour garantir une gestion efficace et équitable de l’aide.
Principes directeurs
- Souveraineté et droit international
humanitaire : Le
respect de la souveraineté du Soudan est essentiel, tout en garantissant
l’accès humanitaire et la protection des civils conformément aux normes
internationales.
- Neutralité et transparence : Les mécanismes de médiation devront
être neutres, impartiaux et transparents pour éviter toute
instrumentalisation politique des actions.
- Inclusion des voix locales : Les communautés locales, y compris les
femmes et les groupes vulnérables, doivent être incluses à chaque étape de
la planification, de l’évaluation et de la mise en œuvre des projets.
- Coordination avec les acteurs locaux et
internationaux : Il est
crucial d’éviter les duplications d’initiatives et d’assurer une
coopération efficace entre les acteurs régionaux et internationaux.
- Propriété locale des solutions : Bien que le soutien international soit
nécessaire, les solutions doivent être construites par et pour les
Soudanais, afin de garantir la durabilité et la légitimité des processus.
Impacts attendus et bénéfices
potentiels
- Réduction des violences et protection des
civils :
L’objectif immédiat est de réduire les violences, en garantissant une
protection accrue pour les populations civiles.
- Amélioration de l’accès humanitaire : Grâce à la mise en place de corridors
humanitaires sécurisés, l’aide pourra parvenir de manière plus équitable à
ceux qui en ont le plus besoin.
- Stabilisation du pays : À long terme, les initiatives proposées
devraient contribuer à la stabilisation politique et économique, posant
les bases d’une reconstruction durable et inclusive.
- Préservation des ressources naturelles : Une gestion plus transparente des
ressources naturelles permettra de prévenir leur détournement et de
garantir leur bénéfice pour le développement du pays.
"Points de vigilance"
- Instrumentalisation politique : Il faut veiller à ce que l’aide
humanitaire ne soit pas utilisée à des fins politiques, ni détournée par
des acteurs externes ou internes.
- Impartialité des actions humanitaires : Il est essentiel de garantir
l’impartialité des efforts humanitaires et d’éviter toute accusation de
favoritisme envers un groupe ou une faction.
- Respect des processus internes : L’initiative doit veiller à ne pas
remplacer les processus de paix internes légitimes, mais à les soutenir de
manière complémentaire.
- Transparence des financements : La traçabilité des fonds et des projets
est cruciale pour éviter la corruption et garantir l’efficacité des
actions entreprises.
Cadre juridique et mécanismes de
coopération
- Droits humains et droit international
humanitaire : Il est
impératif que les actions de médiation, d’aide humanitaire et de
reconstruction respectent les principes du droit international
humanitaire, notamment la protection des civils et la poursuite des
responsables de violations.
- Justice transitionnelle et recours : La mise en place de mécanismes de
justice transitionnelle permettra aux victimes de violences d’obtenir
réparation, tout en facilitant le processus de réconciliation nationale.
- Coopération économique et développement
régional : Le
cadre régional de coopération économique doit prévenir l’exploitation des
ressources et favoriser un développement inclusif.
Le Soudan, malgré ses richesses
naturelles et son potentiel de développement, demeure un pays meurtri par la
guerre et la souffrance. Avant de conclure sur les pistes de solution
proposées, il est essentiel de rappeler la réalité de ce peuple qui, au cœur du
chaos, continue de rêver d’un avenir meilleur. Ce poème, qui illustre la
douleur et l’espoir d’une nation en crise, résonne comme un appel à l’action,
une incitation à ne pas oublier que derrière les chiffres et les analyses se
trouvent des vies humaines, des rêves et des espoirs partagés.
Soudan, Terre de Larmes
Dans les plaines dorées où le Nil s'étire,
Un peuple rêve, mais la guerre le déchire.
Des cris de détresse, des cœurs en émoi,
Sous le poids des conflits, ils cherchent la foi.
Les enfants jouent, mais leurs rires s'éteignent,
Leurs yeux, des miroirs où la peur se traîne.
La pauvreté danse, spectre affamé,
Dans les ruelles sombres, l'espoir émoussé.
Des familles déracinées, en quête d'un abri,
Errent sans repos, la nuit comme un cri.
Des rêves brisés, des souvenirs envolés,
Dans ce chaos cruel, que reste-t-il à aimer ?
Les terres jadis fertiles, aujourd'hui désolées,
Rendent hommage aux âmes qui ont tant pleuré.
Au cœur de la tempête, qu’une lumière jaillisse,
Appel à l'union, à la paix qui se tisse.
O monde, entends-tu ces voix qui s'élèvent ?
Unissons nos forces, pour que l’espoir s’achève.
Pour ce Soudan meurtri, pour son avenir,
Que la solidarité puisse enfin fleurir.
Conclusion
La crise au Soudan nécessite une
réponse collective, mais cette réponse doit être africaine avant tout. Une
initiative régionale menée par la Tunisie et l’Algérie pourrait non seulement
jouer un rôle clé dans la médiation, mais aussi contribuer à la reconstruction
durable du pays. En soutenant la souveraineté soudanaise, en renforçant les
capacités locales et en garantissant une aide humanitaire transparente et
efficace, ces pays peuvent aider à transformer cette crise en une opportunité
de paix, de dignité et de justice pour le peuple soudanais.
Mustapha STAMBOULI, Ingénieur ENIT/EPFL à la retraite et ancien Expert auprès des
agences des Nations Unies
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