19/11/2011

Les cinq défis ou les 5 « NON »


La Tunisie est confrontée à cinq défis majeurs : l’ingérence étrangère,  la "libanisation" du système politique tunisien, le déficit des comptes  publiques et celui de la balance des paiements,  l’hémorragie provoquée par les IDE non exportateurs et enfin l’islamisation de la vie politique. Toute stratégie de sauvegarde de la Tunisie devra tenir compte de ces 5 fléaux nocifs qui risquent de mettre le pays à genoux et provoquer la banqueroute :
Premier défi : NON A L’INGERENCE ETRANGERE : comment réduire à néant l’influence qatari sur le développement politique en Tunisie ; c’est la question essentielle à résoudre pour faire échouer l’ingérence étrangère. A titre de rappel, Qatar s’est montré complice dans le renversement de Kadhafi, agressive dans le traitement de la crise syrienne et généreuse dans les élections de la Constituante en Tunisie pour avantager les mouvements anti-séculiers. Qatar joue à l’excellence son rôle de cheval de Troie. Accepter la présence de l’Emir du Qatar dans la séance d’ouverture de la Constituante, c’est accepter l’agenda de l’Occident et davantage  des pays du Golfe  lesquels, grâce à leurs pétrodollars, espèrent voir la Tunisie séculière  se transformer pour devenir un Emirat sous double tutelle (occidentale et golfique), grosse couleuvre certainement non consensuelle à faire avaler au peuple tunisien. Les héritiers et héritières d’Abou El Kacem Chebbi, Tahar Haddad, Habib Bourguiba et de tous les martyrs d’hier et d’aujourd’hui ne se soumettront pas. Nous refusons cette présence et chacun assumera sa responsabilité.


Second défi : NON à  la libanisation de la Tunisie ou l’accord de Taëf bis
Les tractations tripartites entre les formations politiques ayant remporté les élections du 23 octobre  nous rappellent des tristes évènements du Liban  et l’accord de Taëf  du  7 janvier 1989. Les accords de ce jour entre les trois formations nous font vivre les recommandations Taëf. Appliquées au cas tunisien ces accords donnent :
Réduire les pouvoirs du président (originaire du Sud) au profit de ceux du premier ministre (originaire du Centre) et du président de l'assemblée (originaire du Nord);

Confier le pouvoir exécutif à un Conseil des ministres où les portefeuilles seront également répartis entre les trois grandes régions (Centre, Nord et le Sud);

 Accroître le nombre des députés artificiellement en supprimant la supériorité numérique du Littoral pour atteindre une presque parité entre les villes côtières et les villes de l’intérieur. Et la démocratie alors, ce n’est qu’un décor pour la galerie ! C’est le nouveau système qu’on appelle "Apposition" tant réclamée par certains !

Troisième défi : NON aux déficits publics et de la balance des paiements, porte ouverte à la colonisation : La Tunisie devra examiner de prêt le cas grec et en tirer les conclusions et les enseignements. En tout cas, ne pas aller dans le sens de la facilité et aux désirs des faucons de l’économie soi-disant libérale. Quelques mesures préventives sont nécessaires :
i-l’interdiction du déficit public, seul moyen pour nous éviter gaspillage et projets "bidons" et nous permettre d’avoir un meilleur recouvrement fiscal en criminalisant la fuite fiscale;
ii- l’obligation pour la Banque Centrale de garantir un solde positif, au pire nul, de l’encours de la balance des paiements, unique paravent de notre souveraineté et indépendance nationale (l’épargne nationale pourrait suffire si on a de l’imagination). 
Ainsi, ces deux règles d’or, garde-fous constitutionnels, génèreront une nouvelle conception de développement économique et social fondée sur une juste redistribution des richesses du pays et l’épargne nationale afin de nous éloigner du cercle infernal de l’endettement, porte ouverte au néocolonialisme et à l’asservissement du peuple tunisien.
Nous serons affrontés à partir de 2012 à des pressions internes venant des zones de l’intérieur (demande d’investissement démesurée et probablement non rentable), et des pressions externes venant de la montée en puissance de nos IDE non exportateurs (cimenteries, téléphonie, pétrole...). Ajoutons à cela l’effondrement du secteur du tourisme par la guerre civile en Libye, la crise européenne,  et la prise du pouvoir par une coalition non professionnelle et non homogène. Tous ces facteurs vont aggraver le déficit de la balance des paiements  qui pourrait attendre 7%, alors que nous réclamons le déficit zéro.
Quatrième défi : arrêter l’hémorragie financière  provoquée par les IDE non exportateur : la stratégie d’ouverture de l’économie tunisienne à l’investissement direct étranger (IDE), prônée et exécutée via la vente des "bijoux de famille" (cimenteries, cession d’une part importante du capital de Tunisie Télécom, concessions de téléphonie, banques, assurances, tourisme, etc..) essentiellement par Ben Ali sous pression des institutions internationales risque de poser de sérieux problèmes pour la balance des paiements de la Tunisie. Des études récentes se basant sur les statistiques de l’INS montrent que, pour la période comprise entre  2000 et 2008,  les dividendes exportés ont été multipliés par 3,47 alors que le PIB ne l’a été que par 1,85. Cette situation résulte d’une politique de liquidation de tous les projets rentables au profit de l’investissement direct étranger. Ces IDE non-exportateurs participent à l’endettement et creusent le déficit de la balance des paiements. Ces IDE fabriquent l’appauvrissement du pays. Est-ce un hasard ou une pratique mûrement réfléchie par Ben Ali et son clan ? Les tunisiens se demandent  si ces investisseurs étrangers sont des sociétés-écrans servant d’abri au clan mafieux. Un audit indépendant devra être mené au plus vite pour connaître la vérité sur  ces IDE. A son insu, le peuple tunisien serait en train de payer environ 2 Milliards de dollars par an en tant que bénéfices exportés des IDE au profit du clan Ben Ali et lui permettre un exil doré. L’Etat tunisien devrait s’atteler sérieusement à cette question des IDE, car sont en jeu sa crédibilité et l’intérêt national. La Tunisie est en droit de nationaliser les entreprises cédées d’une manière peu transparente aux investisseurs soi-disant étrangers.

Cinquième défi : non à l’islamisation de la vie politique : 
Les formations politiques islamiques ont tout fait pour que le peuple tunisien, au lieu de se projeter dans le futur, il est en train de discuter de la 6ème Califa !
Nos mosquées sont devenues des tribunes politiques pour  les salafistes et jihadistes.
Nos enseignantes et enseignants sont menacés s’ils n’acceptent pas les caprices des petits salafistes. Ce défi est majeur risque de diviser le pays et causer des dégâts difficilement réparables.


La question qui se pose maintenant est: nos hommes et femmes politiques glissent-ils lentement et surement et par touches successives de la démocratie au fascisme pour atteindre en douceur des objectifs obscurs ?