14/06/2012

Le 6 juin 2011, j’avais lancé un SOS à BCE : «sauvons la République ! »

Le 6 juin 2011, j’avais adressé à Béji Caid Essebsi, en sa qualité de Premier Ministre, une lettre intitulée «Sauvons la République». Dans cette  lettre-appel, j’avais demandé à BCE de compléter l’acte héroïque et exemplaire du peuple tunisien qui a réussi un combat magnifique, celui de chasser le dictateur-usurpateur Ben Ali par un acte fondateur, se déclinant, selon moi, sur trois axes émanant de sa part, pour préserver l’œuvre et les acquis de Bourguiba et tenir compte des aspirations et inquiétudes légitimes du peuple tunisien.
Malheureusement, ma missive n’a pas pu convaincre BCE de l’abandon de l’option de la Constituante au profit de l’option du Référendum, solution, peut-être moins spectaculaire, mais plus démocratique, facile, rapide, garde-fou contre l’inconnu. Les élections du 23 octobre dernier, grâce à un code électoral truqué,  ont sorti une majorité qui cherche, à présent, à accaparer définitivement tous les pouvoirs. BCE a oblitéré ma demande de donner des prorogatives à l’institution militaire pour garantir la sécurité interne du pays. Seul mon appel pour  rassembler dans un front uni toutes les sensibilités républicaines et progressistes est sur le point de se concrétiser. ! Voici le contenu intégral de la lettre adressée à BCE :

"Etant fils, neveu et frère de résistants, ayant activement participé au combat anticolonialiste aux cotés de Bourguiba, je m’adresse à vous compagnon et héritier du Combattant suprême.
La Tunisie a réussi un second combat magnifique : chasser le dictateur – usurpateur Ben Ali. Cet acte héroïque, exemplaire doit être concrétisé et complété par un acte fondateur, se déclinant, selon moi, sur trois axes émanant de votre part, pour préserver l’œuvre et les acquis bourguibiens et tenir compte des aspirations et inquiétudes légitimes du peuple tunisien.
Bourguiba, vous le savez, a transformé une "une poussière d’individus " en une nation unie grâce à un projet émancipateur et républicain touchant l’ensemble de la société et en particulier la femme tunisienne.
A partir de décembre 2010, le peuple révolté a revendiqué et réinscrit dans l’Histoire la vision émancipatrice de Bourguiba gravement atteinte par la désintégration systématique et planifiée des institutions de l’Etat par le régime benaliste.
Malheureusement, cette exigence de réinstallation des valeurs républicaines et du renouveau mal encadrés par la classe politique très pressé de prendre le pouvoir génère un état de décomposition pouvant transformer un état unifié en « poussière d’individus » : on assiste au délitement de la société ouvrant une voie royale au courant anti-historique et anti-républicain.
Le choix d’une constituante pur "débénaliser " le pays et en préparer un avenir cohérent l’incluant dans la modernité s’avère périlleux sinon producteur d’effets pervers et plongeant notre pays dans l’inconnu : le système retenu pour les élections de la Constituante, le refus d’un pacte républicain par la majorité dans la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la Révolution, plus grave encore, le rejet d’une limite de temps de cette constituante anticipent un pouvoir monocolore forcément opposé au pluralisme (un Président, un gouvernement et un parlement de la même tendance, n’est-ce pas une nouvelle dictature ?).
Tout annonce que ce pouvoir monocolore sera anti-républicain et conduira à l’instabilité et au retour à la case départ – c.à.d avant le régime séculier instauré par Bourguiba.
Face à ces risques, j’en appelle à la tenue d’un référendum, solution, peut-être moins spectaculaire, mais plus démocratique, facile, rapide, garde-fou contre l’inconnu. Mon article paru dans La Presse le 26/05/2011 sous le titre « constitution : un Référendum pour le peuple tunisien » détaille cette proposition.
Par ailleurs, l’insécurité prévalant dans le pays, les incivilités permanentes, la transgression des lois requièrent un pouvoir républicain fort pendant cette période de transition et d’incertitude.
Pourquoi ne pas mettre en place un Conseil Supérieur Républicain Militaire qui épaulerait le Président de la république et pourrait assurer l’intérim de ce dernier en cas de vacance ?
Je n’ignore pas que cette suggestion pourrait heurter votre sensibilité et vos convictions bourguibistes, mais seul l’intérêt de la Nation commande, à mon avis, une telle prise de décision.
En tant que fils spirituel de Bourguiba et eu égard à votre parcours et votre engagement, ne pourriez-vous pas prendre l’initiative de rassembler dans un front uni toutes les sensibilités républicaines et progressistes, contribuant ainsi à l’émergence d’un courant politique puissant, convaincu, capable de résister aux courants politiques cherchant à balayer à jamais de notre mémoire collective Tahar Haddad, Abou Kacem Chebbi, Farhat Hached et tant d’autres figures ayant participé à la construction de la Nation tunisienne ainsi que la route du progrès et l’espérance démocratique amorcés par la Révolte populaire.
Mustapha STAMBOULI"